Cinémathèque suisse, Lausanne
Lausanne : Cinémathèque en juin 2015

Programme

Article mis en ligne le 6 juin 2015
dernière modification le 30 mai 2015

par Raymond SCHOLER

Au menu de juin, reprise de 27 films projetés en 2014, Carte Blanche à Rui Noguera qu présentera un film d’Andrzej Wajda, et suite et fin de ’Pour une histoire permanente du cinéma : 1966’.

Retour sur nos Pas
Sous cette désignation, la Cinémathèque réunit 27 films (répartis sur 49 séances) qu’elle a présentés dans le courant de l’année 2014. Ce qui lui ôte à la fois le souci d’élaborer un nouveau programme (même s’il y a dans ses collections des milliers et des milliers de bobines jamais montrées) et celui de rédiger les textes s’y rapportant. Avant la pause estivale, introduite il y a quelques années pour cause de déménagement et de réorganisation internes, il est normal qu’à l’instar d’un cheval qui sent l’écurie, l’équipe essaie de boucler la saison sans trop démontrer de passion pour cet art au service duquel elle est censée œuvrer. Trop d’opérations de charme sous le signe de la synergie avec d’autres partenaires culturels ont peut-être tué la cinéphilie. Mais ne soyons pas snob : pratiquement tous les films de ces séances de rattrapage méritent d’être vus et donc revus.

Jeff Bridges et John Goodman dans « The Big Lebowski »

A l’exception peut-être de la dernière fiction d’Amos Gitai, Tsili (2014), censée raconter l’errance en forêt d’une jeune Roumaine juive afin d’échapper à l’Holocauste : le film, à peine digne d’un pensum de collégien, n’est qu’une pochade terne et interminable. Rabattez-vous plutôt sur des titres qui vous combleront comme Mad Max (George Miller, 1979), Fargo (Joel et Ethan Coen, 1996), The Big Lebowski (les mêmes, 1998), Sacro GRA (Gianfranco Rosi, 2013), Cronaca Familiare (Valerio Zurlini, 1962) ou Viaggio in Italia (Roberto Rossellini, 1953).

Carte Blanche à Rui Nogueira
L’ancien directeur du CAC-Voltaire (Genève) présentera le 2 juin Ziemia Obiecana / La Terre de la Grande Promesse (1975) d’Andrzej Wajda, une des plus puissantes mises en accusation du capitalisme industriel qui puisse se concevoir, car ses crimes et errements y sont décrits, comme ses réussites, sans la moindre concession, par un cinéaste au sommet de son art et de sa vigueur. Trois étudiants - un Allemand luthérien, un Juif et un catholique polonais de petite noblesse terrienne - vivant dans la ville de Lodz, la cité de la laine et du coton, alors sous domination tsariste, réunissent leurs fonds pour construire une usine de textile, l’essentiel de leur mise ayant été acquis par le mariage d’argent du Polonais.

Kalina Jedrusik et Daniel Olbrychski dans « Ziemia Obiecana »

La fresque de 3 heures les suit dans leur poursuite impitoyable du succès, la fortune une fois acquise ne pouvant se maintenir qu’au prix d’une lutte incessante et de compromissions morales. Les incendies d’usine, provoqués par des ennemis sans pardon ou destinés à masquer des faillites frauduleuses, sont comme le signe périodiquement répété de ce nouveau monde en construction qui étend sa force destructrice jusqu’à ceux qui le bâtissent (suicides d’hommes d’affaires ruinés, batailles et meurtres qui n’épargnent pas des patrons, accidents du travail qui ne sont qu’un des aspects de l’aliénation des ouvriers, les ouvrières se prostituant dans les orgies des patrons pour échapper au travail en usine). Un chef-d’œuvre rare et incontournable qui vient de fêter ses 40 ans.

Pour une histoire permanente du cinéma : 1966 (suite et fin)
Andrey Roublyov d’Andrei Tarkovski est une autre fresque qu’il faut avoir vue, sous peine de mourir idiot. Ode humaniste et mystique dans un monde de violence, le film expose les affres d’un homme qui croit en la bonté et la tendresse, alors que l’Eglise de l’époque fait plutôt la promotion d’un Dieu de vengeance. Après avoir travaillé à la décoration de l’église de l’Annonciation à Moscou, Roublyov renonce à son art et se mure dans le silence. Le film relate 8 épisodes imaginaires de la vie du peintre, le plus bel étant celui où un ado imberbe échappe à la mort en prétendant savoir couler une cloche gigantesque : il y réussit par sa simple foi et redonne ainsi la sienne à l’artiste qui se remet à peindre des icônes.

Anatoli Solonitsyne dans « Andreï Roublev »

Morgan : A Suitable Case for Treatment de Karel Reisz, où David Warner, affublé d’un costume de gorille, met tout en œuvre pour saborder le couple que son ex-femme a formé avec un homme beaucoup moins excentrique que lui. Faut-il mettre les « originaux » en prison ou à l’asile ? Question qui se pose aussi dans Sedmikrasky / Les Petites Marguerites de Vera Chytilova, où deux jeunes femmes s’adonnent au vandalisme, séduisent les hommes âgés et montrent à tout bout de champ leur irrévérence et leur insoumission. Façon pour la réalisatrice de fustiger les blocages de la société tchécoslovaque.

Raymond Scholer