Musée de l’Abbaye, Saint-Claude
Saint-Claude : Pierre Lesieur (1922-2011)

Fenêtres & Ouvertures

Article mis en ligne le 22 juin 2015
dernière modification le 21 octobre 2015

par Viviane Vuilleumier

Le Musée de l’Abbaye rend hommage à un peintre qui, bien qu’il soit peu connu du grand public, est un des peintres majeurs de la seconde École de Paris, une période qui fût comme le dit Soulages : « une période magique où tous les courants ont été peints, de la Figuration à l’Abstraction à l’intérieur de laquelle tout a été fait, inventé, développé comme : l’Abstraction Lyrique, l’Abstraction Géométrique, la non-figuration... »

« Hélas, dans les années 60, tel un « bulldozer » l’Art Américain arrive en force et balaye tout sur son passage avec le Pop Art. »

Malgré tout, ce balayage au bulldozer de la scène française et pour tout dire européenne n’empêchera pas nombre d’artistes de développer un fond créatif qui reste essentiel aujourd’hui. Pierre Lesieur fut d’abord l’élève d’André Lhote à l’Ecole des Beaux-arts et préféra ensuite, dès l’immédiate après-guerre, la formation plus libre de l’Académie de Montmartre.

Bien représentée dans les collections du musée de L’Abbaye à Saint Claude, constituée par les donations des collections réunies par les peintres Guy Bardone et René Genis, l’œuvre de Lesieur s’y déploie à travers une vingtaine d’œuvres. Il était donc légitime que le musée consacre une exposition à l’une des thématiques les plus explorées par le peintre depuis la fin des années 50, la fenêtre, qui est aussi un sujet incontournable de l’histoire de la peinture depuis la Renaissance.

Mais les fenêtres de Lesieur témoignent justement de cette ferveur particulière qui fut le grand débat de la seconde École de Paris entre abstraction et figuration. Des années pionnières qui ont vu l’émergence de l’abstraction lyrique, rivale de l’abstraction géométrique, plus radicales entre elles qu’envers une figuration qui ne cédait en rien sur son terrain, furent riches de conquêtes.

Et même si Pierre Lesieur admire Bonnard pour la couleur qui construit ou qu’il intègre, soit l’intimisme de Vuillard ou bien le pouvoir décoratif des objets que Matisse avait révélé, c’est de cette conquête dans cette époque qui lui est propre dont il s’agit.

Les œuvres de cette époque sont toutes comme marquées d’un sceau personnel qui montre que Lesieur a su construire son propre univers, nourri par son goût des voyages, des objets chinés à travers le monde auxquels il offre une nouvelle vie dans ses tableaux. Son œuvre raconte son lien étroit avec les objets et les paysages qui l’environnent, ses différents ateliers comme ses multiples lieux d’habitations. Peu de figures dans sa peinture, sinon celle de Michelle sa femme. La musique le passionne, les opéras surtout, mais aussi la littérature et la peinture à laquelle il voue sa vie comme d’autres avant lui et ne sait rien faire d’autre, sinon nous émouvoir.

L’exposition réunit une soixantaine de tableaux qui vont de la très grande à la très petite dimension, des carnets et des dessins qui revisitent ce thème immuable de l’histoire de l’art.

Jusqu’au 18 octobre 2015