Cinémathèque en septembre 2015

A l’affiche

Article mis en ligne le 5 septembre 2015
dernière modification le 26 août 2015

par Raymond SCHOLER

Coup d’œil sur la programmation de la Cinémathèque suisse pour le mois de septembre, consacrée à Sam Peckinpah, Peter Ustinov, ainsi qu’à l’Histoire du cinéma..

Sam Peckinpah (1925-1984)
Les 14 longs métrages de ce cinéaste américain à nul autre pareil ne sont pas tous des chefs-d’œuvre, mais seuls ses deux derniers, Convoy (1978) - un film d’action dans le milieu des camionneurs - et The Osterman Weekend (1983) – un thriller politique sur des rivalités entre agents secrets – sont des œuvres de commande où le désintérêt du cinéaste est palpable. Issu d’une famille californienne de juges et d’avocats, Peckinpah se soustrait à une carrière juridique en abordant, dès son retour de l’armée, des études d’art dramatique. Il se retrouve au milieu des années cinquante à la télévision, où il écrit des épisodes de séries tv comme Tales of Wells Fargo, Gunsmoke et Klondike avant de passer à la réalisation avec The Rifleman (1958-1959) et The Westerner (1960).

Peckinpah au tournage de « The Gateway »

Son premier western de cinéma fut The Deadly Companions (1961), où un héros vieillissant et blessé assouvit sa soif de vengeance et trouve sa rédemption, pour l’ultime fois dans un film de Peckinpah, dans la catharsis de la violence et l’amour d’une femme. La même année, Peckinpah tourne Ride the High Country , qui marque le début de ce qu’on a appelé le western crépusculaire. Deux icônes du western, Joel McCrea et Randolph Scott, montrent leur âge. L’intrusion de la civilisation dissout l’éthique de l’amitié et de la loyauté chère au western. Et quand le soleil se couche sur McCrea mourant, il se couche aussi métaphoriquement sur le western. Dorénavant il n’y aura plus de repères moraux. Dans Major Dundee , Peckinpah voulait aller à l’encontre du mythe américain sur la Guerre de Sécession et les guerres contre les Indiens, en montrant l’arrogance, le racisme, la violence. Mais malgré l’intercession de Charlton Heston, il ne put tourner sa version et dut se contenter d’un film mutilé. Après une traversée du désert de trois ans, nourrie par une haine pour les producteurs et les studios et une consommation accrue de drogues et d’alcool, Peckinpah mène un style de vie que l’on retrouve dans ses films.

Ben Johnson, Warren Oates, William Holden et Ernest Borgnine dans « The Wild Brunch »

L’histoire du tournage de The Wild Bunch reflète ainsi celle que raconte le film. Un quarteron d’outlaws se réfugie au Mexique, avant le début de la Grande Guerre, pour se mettre au service d’un général contrerévolutionnaire corrompu. Par loyauté pour un jeune révolutionnaire mexicain, ces repris de justice se sacrifient dans une scène finale de massacre dont la dimension et l’horreur n’avaient jusque là jamais existé au cinéma, où le son de l’impact des projectiles dans les corps se faisait entendre pour la première fois. Le motif suicidaire des protagonistes qui cherchent la mort parce qu’ils se sentent perdus dans le monde moderne se retrouvait encore dans The Ballad of Cable Hogue et Pat Garrett and Billy the Kid . Dans Straw Dogs , un jeune mathématicien américain qui s’est retiré avec sa femme dans un petit village anglais, est contraint, pour sauver son couple des loubards qui le menacent avec agressivité et stupidité, de recourir à une violence archaïque et brutale, ceci montrant que le vernis de civilisation qui recouvre les instincts primitifs est très fragile. Dans Junior Bonner et The Getaway , le héros de western renaît sous une forme moderne, une fois comme champion de rodéo (le rêve américain transformé en show business), une autre fois comme gangster qui est le seul dans un monde corrompu qu’on ne peut acheter. Comme dans The Wild Bunch , le Mexique redevient un espace de liberté dans Bring Me the Head of Alfredo Garcia . Un Américain au bout du rouleau perçoit, dans la quête de la tête d’un mort, la chance de sa vie, mais elle se termine sous une grêle de balles. L’ère de l’individu est terminée, celle des conglomérats opaques a commencé, comme le montre The Killer Elite des services secrets. Dans Cross of Iron , le sergent Steiner garde sa dignité en dépit de l’inhumanité de la guerre totale.

James Coburn dans « Cross of Iron »

Peter Ustinov (1921-2004)
Ustinov a réalisé 8 films, la Cinémathèque en a choisi deux pour son hommage, Billy Budd (1962) et Lady L (1965), les mêmes qu’elle a montrés il n’y a pas si longtemps. On aimerait bien une fois voir son premier, School for Secrets (1946) ou son dernier, Memed My Hawk (1984) ou sa satire sur la guerre froide, Romanoff and Juliet (1961). N’est-ce pas le but d’une cinémathèque de faire découvrir des raretés ? De même, parmi les films où l’acteur Ustinov tient le haut du pavé, pourquoi avoir choisi 2 films connus où il incarne Hercule Poirot ?

Histoire du cinéma en mots et en images
À partir du 16 septembre, et en principe en alternance, Freddy Buache, l’éminence grise, et Alain Boillat, le petit dernier, donneront ce nouveau cours les mercredis de 14h à 16h au Cinématographe. L’entrée est libre. Stimulantes perspectives !

Raymond Scholer