Béjart Ballet Lausanne
Lausanne : Béjart, quatre fois vingt ans

Commentaires sur le spectacle que le Béjart Ballet Lausanne offre fin décembre à Lausanne.

Article mis en ligne le décembre 2006
dernière modification le 21 janvier 2018

par Michel PERRET

A l’aube de ses quatre-vingts ans et ce malgré un sérieux handicap qui l’empêche presque de marcher, Maurice Béjart ne semble pas vouloir diminuer son travail, ni arrêter de créer de nouveaux opus ! Un peu comme si le contact quasi permanent avec ses danseurs et sa compagnie le maintenait et lui
permettait d’affronter la déchéance physique.

Peu importe finalement. La recette marche, son public répond toujours présent et ne semble guère se soucier de revoir des extraits d’oeuvres déjà vues et connues ! Sa dernière création, « La Vie du danseur » “ racontée par Zig et Puce “ se veut une sorte de synthèse de quelques ballets importants qu’il a créés ces cinquante dernières années. Deux personnages, un peu farceurs à la façon de Quick et Flupe imaginés par Hergé, vont servir de fil rouge à ce défilé d’extraits de ballets glanés dans un riche répertoire !

Scènes de “La vie du danseur par Zig & Puce“. Béjart Ballet Lausanne ©François Paolini

Bien sûr ces oeuvres, sorties de leur contexte, ne veulent plus dire grand-chose pour le spectateur d’aujourd’hui. La force et la nouveauté qui se dégageaient de Symphonie pour un homme seul de 1955 tombent bien à plat dans ce court extrait, tout comme la « Valse » de Ravel créée alors (à Lausanne) pour être dansée juste à la fin du « Boléro » par Kevin Haigen et Jorge Donn !

En revanche il faut laisser à Maurice Béjart son formidable talent d’arrangeur, qui lui permet de monter un spectacle cohérent avec des bouts de ballets anciens. On ne s’ennuie pas et la magie finit toujours par opérer. Il faut dire que tout est parfaitement réglé et rien n’est laissé à l’improvisation ou au hasard. Quand Siegfried échappé de Ring um den Ring, au début du ballet, casse la barre avec sa lance, tout est dit. Béjart renvoie un miroir que lui tend son compositeur fétiche, Richard Wagner. Ce qui sauve la recette c’est que Béjart ne se prend pas la tête et connaît parfaitement les limites du genre. Les anciens professeurs russes, à l’époque où Béjart subissait des années de galère à Paris après la guerre, répondent aussi présents. Madame Rousanne, sortie de la Gaîté parisienne, a été le soufre douleur, mais en même temps a permis à toute une génération de danseurs de se réaliser. D’autres réminiscences de personnages rencontrés et côtoyés font leur apparition : Salvador Dali, le compositeur Pierre Henry ou Charlie Chaplin magnifiquement campé par Gil Roman et qui semble narguer la chorégraphe. Tout comme la Mort, personnage récurrent chez Béjart, et qui rode souvent dans ses ballets en brouillant les cartes et en enlevant parfois des êtres chers.

Tous ces extraits montrent aux nouvelles générations ce qu’est le style de Béjart. Mais ne nous y trompons pas, la grande source créatrice semble tarie et après avoir composé une œuvre extrêmement féconde avec plus de 150 ballets, Béjart s’attache dorénavant plus au bilan de son œuvre qu’à son renouvellement. Malgré tout, le plaisir visuel est toujours là et il ne faudrait surtout pas le bouder.

Michel Perret

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