CAMERA, Centre Italien pour la Photographie, Turin
Turin : « L’Italie de Magnum »

De Henri Cartier-Bresson à Paolo Pellegrin

Article mis en ligne le 4 mars 2017
dernière modification le 21 mai 2017

Intitulée « De Henri Cartier-Bresson à Paolo Pellegrin », cette exposition est un parcours extraordinaire parmi deux cents images, qui évoquent la chronique, l’histoire et les costumes de l’Italie durant les dernières 70 années. C’est également l’occasion de célébrer le 70e anniversaire de la création de Magnum.

Les auteurs invités à raconter grands et petits événements, personnages et lieux de l’Italie de l’après-guerre sont au nombre de vingt, dans un entrelacement fascinant de photographies très célèbres, et d’autres un peu moins connues, d’endroits très connus dans le monde entier, et de simples citoyens qui composent le tissu social et visuel de l’Italie.

Introduite par un hommage à Henri Cartier-Bresson et à son voyage en Italie dans les années trente, l’exposition débute avec deux séries retentissantes, l’une de Robert Capa, dédiée à la fin de la Guerre mondiale, qui montre un pays en ruine, détruit par cinq ans de conflits, et l’autre de David Seymour, lorsqu’en 1947, il “saisit“ les touristes qui reviennent visiter la Chapelle Sixtine : la beauté éternelle de l’art italien qui apparaît comme le signe de la renaissance d’une nation entière.

L’exposition, organisée par décennie, se poursuit avec des images d’Elliott Erwitt, René Burri et Herbert List : le premier raconte Rome, sa beauté et ses contradictions avec le regard tendrement ironique qui l’a rendu célèbre ; le second nous emmène à l’intérieur de l’exposition historique de Picasso en 1953 à Milan, un événement inoubliable pour la culture italienne qui se trouvait confrontée aux grands mythes de la contemporanéité ; quant au troisième, avec une série retentissante, il porte le spectateur à l’intérieur de Cinecittà, où était en train de naître le “Hollywood” sur le Tibre qui portera honneur à l’Italie durant la décennie suivante.

Une décennie racontée dans l’exposition à travers trois figures moins connues peut-être mais pas moins intéressantes de l’histoire de la photographie et de Magnum : Thomas Hoepker qui présenta trois images du triomphe de Cassis Clay (futur Mohamed Ali) aux Olympiades de Rome de 1960 ; Bruno Barbey qui documenta les funérailles de Togliatti, figure centrale de la politique italienne et également figure aimée du peuple ; et Erich Lessing avec un reportage qui se rapporte au temps du “boom” économique, avec une tournée sur la place de Cesenatico (Émilie-Romagne) avec ses rites et ses mythes.

Changement de climat dans les années soixante-dix : Ferdinando Scianna raconte le passage entre les deux décennnies à travers les images d’une Sicile égale et toujours changeante ; Leonard Freed reprend des fragments du référendum historique sur le divorce qui changea pour toujours la société italienne ; pendant que Raymond Depardon présente une de ses séries les plus poignantes, celle sur les asiles, réalisée au moment où la Loi Basaglia en prévoyait la fermeture, ce qui marquait un autre grand tournant dans la coutume nationale.

Une dizaine de photographies, réalisées par Scianna, ouvrent les années quatre-vingt : ce sont les images d’un Berlusconi en version “entrepreneur à succès”, des images qui éclairent le rapport entre pouvoir et image à partir de ce moment historique. Mais cette décennie est aussi celle de l’affirmation du touriste de masse en Italie : les grandes photographies de Martin Parr saisissent le contraste entre la beauté des endroits et le mauvais goût des nouveaux visiteurs, avec d’admirables effets de comique.

Enfin, l’exposition se termine avec les années nonante et deux mille ; c’est comme un voyage entre nos souvenirs plus récents et nos événements actuels. Alex Majoli évoque les discothèques de la Romagne de cette époque et d’aujourd’hui, dans un travail conçu spécifiquement pour cette occasion ; Thomas Dworzak nous ramène aux journées dramatiques du G8 de Gênes ; Peter Marlow couvre l’événement le plus tragique de la guerre dans l’ancienne Yougoslavie, rapporté par les soldats américains sur un porte-avions au large des côtes italiennes ; quant à Chris Steele Perkins, il revient au Vatican - présence constante dans l’exposition, ainsi que dans l’histoire de l’Italie - pour relater cette fois un aspect gai, le tournoi de coups de pied entre religieux, le “Clericus Cup”...

Comme on le constate, cette exposition permettra de se (re)plonger dans de nombreux événements de l’Italie, passés ou présents.

Jusqu’au 21 mai 2017