Galerie Fallet, Genève
Genève, Galerie Fallet : Guy Oberson
Article mis en ligne le octobre 2007
dernière modification le 22 octobre 2007

par Françoise-Hélène BROU

Les œuvres récentes de cet artiste suisse qui vit et travaille dans le canton de Fribourg appartiennent aux genres du portrait et de la nature morte. Guy Oberson insuffle à ces représentations traditionnelles une puissance et une modernité qui les transfigure. Fleurs ou personnages semblent se soustraire aux lois et principes du dessin pour se reconstruire une identité nouvelle.

D’abord il y a le cadrage des sujets. Des plans rapprochés serrant au plus près la figure et qui conduisent l’oeil immédiatement dans l’intimité d’un corps. Très différent du regard porté de loin, celui qui affleure la surface engendre des sentiments déroutants où se mêlent la perception du sujet et l’acte même de la création.

Oberson - De la blancheur du paradis, 2004, pierre noire

En d’autres termes, cet angle de vision porte à considérer non seulement le détail d’un corps ou d’un organisme, mais aussi les conditions d’apparition d’une image. « Que fait celui qui regarde de près et quelle récompense imprévue cherche-t-il ? » souligne Daniel Arasse dans son essai intitulé Le Détail, Pour une histoire rapprochée de la peinture. Pertinent questionnement qui débouche sur une série de mises en garde, mais aussi sur la réhabilitation, voire l’éloge, du détail qui « fait image », l’auteur évoque même une « fête de l’œil », formule éloquente que je n’hésite pas à retranscrire.

Il est donc question de rapprochement dans les œuvres de Guy Oberson et les grands formats adoptés par l’artiste mettent clairement en évidence ce phénomène. Toute la vision du spectateur se focalise sur les seuls deux plans en présence : la figure et le fond, l’un et l’autre offrant de surcroît un dévoilement de leur intimité, que l’on ose qualifier d’obscène dans le sens où l’on se trouve confronté à quelque chose relevant du découpage, de la mise à nu et de la dislocation. Je pense ici à Courbet et à son « Origine du monde » qui dans sa frontalité vertigineuse pose le même problème à la vision, celui de la naissance des Hommes et du même coup témoigne métaphoriquement de l’action physique du peintre sur la matière et sur son ouvrage, autre forme de naissance. Cette vision de près a quelque chose de sidérant et d’insoutenable, car il s’agit de pénétrer dans la matérialité de la création, bref de s’aventurer dans une zone jouxtant l’informe c’est-à-dire le néant.

La saisie de ce moment de la vision s’apparente à l’instantané photographique. Entre capture et coupure, la forme d’un espace-temps apparaît sous le geste technique de Guy Oberson. Ses outils : pierre noire, fusain, craie impriment une trace sur le papier, telle la lumière sur la pellicule photosensible. Les valeurs de noir et de blanc construisent l’image, ses reliefs, sa profondeur, son éclairage entre jour et nuit. L’auteur parle aussi de « dessin incrusté », comme s’il s’agissait d’incision ou de sculpture, et effectivement dans ses œuvres, la main travaille directement le médium, l’étale, l’incruste, l’accumule, le gomme, le modèle, pour révéler non pas un contour mais une présence. Alors une fois dégagés de leur gangue informelle, fleurs et visages s’illuminent déployant une formidable énergie vitale.

Françoise-Hélène Brou