A Paris
Paris, nouvelles expositions : “Picasso cubiste“ et “Arcimboldo “

Aperçu des nouvelles expositions de l’automne, et coup de projecteur sur deux d’entre elles : Arcimboldo et Picasso cubiste.

Article mis en ligne le novembre 2007
dernière modification le 14 janvier 2008

par Régine KOPP

En ce début d’automne à Paris, l’amateur d’art a de quoi se réjouir. Des expositions passionnantes à découvrir aux quatre coins de la capitale.

Le Musée du Luxembourg organise la plus importante exposition consacrée à Arcimboldo (jusqu’au 13 janvier 2008) une personnalité aussi complexe et mystérieuse que son œuvre. Avec Picasso cubiste (jusqu’au 7 janvier 2008), le Musée Picasso rend compte du cubisme picassien dans toute sa durée, sa complexité, sa récurrence. Au Grand Palais, c’est une rétrospective de 120 toiles, au sein de l’immense œuvre de Gustave Courbet (jusqu’au 28 janvier 2008). Juste à côté, l’exposition Design contre design (jusqu’au 7 janvier 2008) propose de confronter des objets et des meubles de l’environnement domestique de la révolution industrielle à nos jours, signés par les grands créateurs. Le Centre Pompidou (jusqu’au 11 février 2008) présente une grande rétrospective consacrée à Alberto Giacometti. Le jeu de Paume (jusqu’au 30 décembre 2007) tape tout aussi fort avec une présentation du pionnier de la photographie pictorialiste de la fin du XIX° siècle, Edward Steichen. Le Louvre succombe aux charmes de la Perse (jusqu’au 7 janvier 2008) et nous permet de découvrir de somptueux manuscrits enluminés de l’Iran Safavide, où la calligraphie s’imposait comme l’art sacré par excellence et qui nous rappelle que la figuration n’était pas interdite. En attendant les nouvelles salles des arts de l’islam, le Louvre accueille (jusqu’au 7 janvier 2008) un choix de quatre-vingts œuvres, prêtées par la Fondation de l’Aga Khan qui prévoit de construire son propre musée à Toronto. A l’heure du bicentenaire de la mort de Jean-Honoré Fragonard, le Musée Jacquemart-André (jusqu’au 13 janvier 2008) rend hommage à l’un des plus grands peintres du XVIII° siècle, proposant une mise en perspective originale et stimulante d’un artiste, qui a su illustrer et traduire la pensée et les goûts de son siècle.
Coup de projecteur sur Picasso cubiste au musée Picasso et Arcimboldo au Musée du Luxembourg.

Picasso cubiste
Cette exposition a été conçue pour célébrer le centenaire des Demoiselles d’Avignon (1907), qui marque l’avènement de l’art moderne. Un tableau manifeste que ses amis de l’époque ne comprennent pas et qui fait dire à Braque « c’est comme si tu voulais nous faire boire du pétrole pour cracher du feu ». L’exposition a pour ambition de donner à voir dans toute sa spécificité et sa complexité le grand cycle du cubisme picassien qui commence par l’année 1906, marquée par le style ibérique et nègre, suivie par les cubismes cézanien, analytique, hermétique puis synthétique des années 1908-1911, l’invention des papiers collés, des constructions et des tableaux-reliefs à partir de 1912, les rebonds des cubismes rococo ou décoratif des années 1914-1920, accompagnés d’un recours ironique à la figuration. Anne Baldassari, directrice du musée Picasso et commissaire de l’exposition réussit le pari de faire de cette exposition une démonstration éblouissante, construisant avec intelligence un parcours passionnant et riche d’enseignements pour le visiteur. Elle a réuni dans onze salles, quelque 350 œuvres dont une cinquantaine de prêts majeurs qui permettront de mieux comprendre le cubisme en train de naître, qui s’affirme puis s’éloigne pour trouver sa propre identité.
Tout commence en 1906 et les premières salles consacrée aux autoportraits hiératiques du peintre, accompagnés de nombreux dessins réunit les recherches du premier cubisme. La nudité de l’artiste est interpréter ici comme sa manière d’affirmer son « primitivisme » et de se détacher des modes de représentation préétablis. Les visages sont construits comme des masques. Toute une salle présente l’exigeant travail de dessin sur la composition desDemoiselles d’Avignon et montre des clichés photographiques et ethnographiques que Picasso utilise dans sa recherche d’analyse et de simplification de la forme. L’année 1908 nous fait entrer dans une nouvelle phase de tensions entre les styles primitif, africain ou cézannien, dont témoignent des œuvres comme Nu couché avec personnages, Les Moissonneurs, Paysage, coucher de soleil.
Le parcours se poursuit avec une nouvelle définition du cubisme picassien qui passe par une déconstruction méthodique du réel, où les corps sont enchâssés les uns dans les autres comme dans un puzzle pour finir par atteindre un niveau d’abstraction jamais dépassé : Homme à la mandoline (1911), Homme à la guitare (1911-1913). « Au début du cubisme, nos faisions des expériences, faire des tableaux était beaucoup moins important que de découvrir des choses », rappelle une phrase citée par Picassso. L’année 1912-1913 constitue une période où Picasso met en marche la « machine à voir » des papiers collés dont le but était de montrer que des matériaux différents pouvaient entrer dans la composition pour devenir une réalité en compétition avec la nature : Nature morte à la chaise cannée, La Guitare, Violon et feuille de musique sont là pour témoigner de cette inventivité. Suivront les années de la première guerre avec des œuvres comme Femme à la guitare (1914) qui jouent au double jeu des évocations cryptées et qui mèneront aux deux grandes toiles réalisées lors de l’éclatement de la Première Guerre, Portrait de Jeune fille et Homme assis au verre. Les années de guerre 1914-1917 évoquent Parade, ballet pour lequel Picasso réalise le rideau de scène, les décors et les costumes et qui témoignent du réalisme de son art. L’exposition prend fin avec les années 1917-1918, marquées par l’aller-retour entre un réalisme fantastique et le géométrisme des grandes constructions synthétiques qui définit le cubisme picassien de ces années-là. Pendant longtemps, le cubisme n’a pas été compris et aujourd’hui encore, il y a des gens qui n’y voient rien. Cette exposition est l’occasion pour eux de découvrir tout ce qu’il y a à voir car cette peinture parle, sans aucune psychologie.
(Voir le site du Musée Picasso)

Arcimboldo : le Léonard des Habsbourg
Triste destin pour un artiste de génie, trop souvent réduit à quelques toiles ! Les fameux portraits anthropomorphes et fantastiques, figurant les Saisons avec les fruits, les feuilles et les légumes du marché et les Eléments, L’Eau, L’Air, Le Feu et La Terre ont fait l’admiration non seulement de Maximilien II qui les fit accrocher sur les murs de sa chambre à coucher, mais fascinent le public d’aujourd’hui, toutes générations confondues. L’exposition permettra de percer un peu le mys.tère de cet artiste et se propose de montrer toute la richesse et l’originalité de cet artiste.
Dès l’entrée du Musée du Luxembourg, on mesurera le talent d’Arcimboldo, avec cet Autoportrait de papier (1587) mais aussi les portraits des filles de Ferdinand I°, ou de l’archiduchesse Anna, fille de Maximilien II, dont le maniérisme virtuose des visages, les carnations de porcelaine, les parures prouvent une grande maîtrise de l’art. L’exposition veut nous montrer la genèse de cet art où la nature morte prend place de formes anamorphiques et présente les dessins préparatoires et de nombreux trésors provenant des fameux cabinets d’art et de curiosités dont Maximilien était si friand. Dans chaque cabinet, il s’agissait de confronter les choses naturelles (naturalia), aux créations humaines (artificilia). Parmi les naturalia figuraient des coquillages exotiques, des squelettes d’animaux, des fœtus difformes, des dépouilles d’animaux. Arcimboldo, en homme de la Renaissance est curieux de tout et ne se limite pas seulement à la peinture. Il est passionné d’architecture, de géologie, d’anatomie, de botanique. C’est dans cette atmosphère de découvertes qu’il a l’idée de représenter les hommes à l’aide des accessoires de leur fonction : Le Cuisinier est fait de volailles plumées et d’un cochon de lait, la chevelure du Bibliothécaire est composée des pages d’un volume ouvert, Le Juriste avec un corps de poulet pour le visage et une queue de poisson pour la bouche, nous font penser aujourd’hui aux visages torturés imaginés par Francis Bacon.
Bien sûr, cette propension pour le bizarre n’est pas le propre d’Arcimboldo mais reflète la tendance maniériste de l’époque pour le monstrueux. « Pour le siècle d’Arcimboldo, le monstre est une merveille, l’excès, la métamorphose, qui fait basculer d’un ordre dans un autre », a relevé Roland Barthes, admirateur d’Arcimboldo. On pense aussi aux anamorphoses de Holbein ou aux figures grotesques de Léonard de Vinci. Arcimboldo va jusqu’à imaginer des tableaux réversibles à l’image du Jardinier qui nous montre dans un sens un panier de légumes, de l’autre, la tête rebondie du jardinier. Ses deux séries les plus célèbres constituent le cœur de l’exposition : les Saisons et les Eléments. L’Eau est un tableau impressionnant, fait d’animaux marins dont on aurait répertorié deux cents espèces. Les Saisons sont un enchantement.
Arcimboldo passera vingt-cinq ans à la cour, au service des Habsbourg, de Ferdinand I° (1503-1564), de Maximilien II (1527-1576), puis de Rodolphe II (1552-1612). Il est aussi le grand ordonnateur des fêtes et des cérémonies. Il demandera cependant à l’empereur Rodolphe de le laisser retrouver sa ville natale. De Milan, il enverra son dernier tableau : Vertumne, représentant l’empereur sous les traits du dieu romain de la végétation, le nez en poire et les joues en melon. L’empereur se montra si satisfait qu’il le nomme comte palatin. Il n’eut toutefois pas d’élèves. A sa mort, en 1593, il tombera dans l’oubli et il faudra attendre quelques siècles avant que son génie soit reconnu. Ce sont les surréalistes, amateurs de jeux visuels et d’extravagance et séduits par cet univers fantastique de portraits réversibles, qui le redécouvriront.
(Voir le site du Musée du Luxembourg)

Régine Kopp