Opéra de Montpellier
Montpellier : “Die Zauberflöte“

Ouverture de saison à Montpellier, avec La Flûte enchantée.

Article mis en ligne le novembre 2007
dernière modification le 29 octobre 2007

par François JESTIN

Ouverture de saison montpelliéraine avec une jolie Flûte enchantée, nettement plus courte que de coutume, sans grandes envolées lyriques cependant.

Un doute s’insinue à la lecture du timing affiché sur les portes de la salle : 1ère partie 1h01 et 1h08 pour la 2ème. S’agit-il vraiment de la Zauberflöte ? Tout s’éclaire rapidement : nous n’aurons pas les dialogues parlés habituels, mais des textes, écrits par Clémence Boulouque, seront dits, en français, par le récitant Arthur Igual. Ceux-ci se situent à mi-chemin entre une « flûte expliquée aux enfants » et quelques petites envolées philosophiques. Morceau choisi : « Lui (Tamino) est prince, cela ne fait pas de lui un prêtre. Sarastro est roi, cela ne fait pas de lui le promis de Pamina. (…) ». Soit ! Manquerait plus que ça !

La Flûte enchantée © Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

Distribution
Même si on n’atteint pas le chahut de la production de la Fura dels Baus montée à Bastille il y a quelques années, quelques huées au rideau final (c’est le récitant qui prend !) signifient que certains n’ont pas été pleinement convaincus par cette nouvelle version.
La direction musicale d’Hervé Niquet contribue également à ne pas laisser traîner en longueur la représentation. Tempi rapides, aucune concession de ralentis en fin de phrases, certains solistes (dans la fosse et sur le plateau) doivent par instants s’accrocher pour suivre le rythme.
Cyril Auvity (Tamino) est superbement musical, et sa voix délicate, mais jusqu’à la fragilité. Un accroc dès « Dies Bildnis » le fait redoubler de prudence pour l’attaque des aigus. Beaucoup plus de robustesse chez Christian Senn (Papageno), même si on a déjà entendu timbre plus brillant et séduisant dans ce rôle. Uran Urtnasan Cozzoli (Königin der Nacht) est agile dans ses aigus piqués, mais moins intelligible dans le medium, tandis que Petri Lindroos (Sarastro) force le respect devant sa voix volumineuse et homogène. Le point faible de la distribution reste la décevante Pamina de Laura Hynes Smith, qui perd parfois la justesse dans le haut medium et l’aigu, et dont le soprano est sans doute déjà trop lourd pour ce rôle, avec certains piani vraiment difficiles. Yves Saelens (Monostatos) et Nicolas Courjal complètent agréablement le plateau, ainsi que les trois Dames et les trois Garçons (chantés par des filles).

Réussite
La réalisation visuelle de Jean-Paul Scarpitta est une réussite. Dans une ambiance très noire avec quelques flocons de neige au début de l’acte I, la lumière gagnera progressivement le royaume de Sarastro. Le « clou » de la production est un lion doré géant, articulé par un marionnettiste, qui représente à lui seul l’ensemble des animaux rassemblés autour de Tamino. De belles et fortes images encore comme les trois garçons habillés en trois petits Mozart sur un banc suspendu, le cadre de théâtre aux rideaux rouges qui descend des cintres à chaque intervention de Papageno, ou encore la somptueuse toile peinte au début du II, figurant une citadelle dans le désert.

François Jestin

Mozart : DIE ZAUBERFLÖTE : le 23 septembre 2007 à l’Opéra Berlioz / Le Corum de Montpellier