Teatro Regio, Turin
Turin, Teatro Regio : décevant “Falstaff“

Ouverture de saison avec un décevant Falstaff, et aperçu de la saison à venir.

Article mis en ligne le novembre 2007
dernière modification le 29 octobre 2007

par Jacques SCHMITT

Même la direction d’orchestre toute en nuances de Gianandrea Noseda n’aura pas réussi à raviver l’esprit de ce Falstaff turinois.

La faute à une mise en scène superficielle de Pier Luigi Pizzi qui, en transposant l’intrigue à l’époque de la création de l’opéra de Verdi, transforme l’action picaresque de Shakespeare en une comédie courtelinesque fadasse. Si l’ingéniosité du décor permettent, grâce à deux maisons pivotantes, de passer de la taverne où loge Falstaff à la demeure de Mrs. Alice Ford, le metteur en scène italien dessine des costumes trop sages pour appuyer l’aspect comique, voir grotesque de la farce. Ainsi, quand Falstaff réapparaît pour son rendez-vous galant avec la femme de Ford, sa redingote et son chapeau haut-de-forme gris le montre trop conventionnel alors qu’il devrait dégager un ridicule flamboyant.

Ruggero Raimondi (Falstaff). Photo Ramella & Giannese © Fondazione Teatro Regio di Torino

Cet univers déjà banal est encore plus enterré par la désastreuse contre performance de Ruggiero Raimondi dans le rôle-titre. Vingt ans après le Falstaff truculent qu’il campait sur la scène du Grand Théâtre de Genève, on n’attendait guère de grandes prouesses vocales de la part de la basse émilienne. Tout juste espérait-on que son expérience de la scène, son charisme et son talent de comédien suppléeraient à sa vocalité vieillissante. Mais à l’évidence, Raimondi n’est plus que l’ombre de lui-même. La voix ne porte que lorsqu’il chante sur le praticable de scène s’avançant sur la fosse d’orchestre. Dès qu’il s’en éloigne, son discours vocal devient inintelligible.

Privés de la présence du personnage central, les autres protagonistes se démènent tant bien que mal dans l’accompagnement du chanteur vers son inéluctable déclin. Personne ne semble vraiment investi dans l’intrigue. Les deux serviteurs de Falstaff Luca Casalin (Bardolfo) et Federico Sacchi (Pistola) sont d’une pâleur vocale et théâtrale extrême alors que Barbara Frittoli (Mrs. Quickly) reste sur la réserve de son personnage même si elle chante bien. Laura Giordani (Nannetta) est charmante sans plus pendant que, sans voix, Natale De Carolis (Ford) ne convainc pas. Seule la mezzo-soprano Elisabetta Fiorillo (Mrs. Quickly) empoigne son rôle avec autorité.

En revanche, l’agréable surprise émane de l’interprétation du ténor Francesco Meli (Fenton) qui distille les plus beaux moments de chant de toute la soirée. D’une voix claire, sans stridence, il lance ses romances avec l’élégance d’un parfait bel canto. Son air Dal labbro il canto estasiato vola du troisième acte est un moment de pur bonheur. Modulant son instrument avec une exceptionnelle musicalité, le jeune ténor démontre que la réputation qui le précède déjà dans sa jeune carrière n’est nullement usurpée.

Si cette avant-première était suivie par tout le gratin de la société turinoise, l’accueil chaleureux fait à l’issue de cette production laisse au critique le soupçon que les applaudissements s’adressaient plus au prix majoré des places qu’à la réelle performance des artistes.

Jacques Schmitt

Représentation du 7 octobre 2007

La nouvelle saison du Regio de Turin


Saison prestigieuse que celle qui s’ouvre au Regio de Turin. Ce ne sont pas moins de cinq nouvelles production, sur les sept au total des opéras programmés. Après le Falstaff d’ouverture, la saison 2007-2008 du Regio de Turin programme une rareté avec une nouvelle production d’Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas avec Sonia Ganassi et Marcel Vanaud dans les rôles-titres (à partir du 23 novembre). Le mois de décembre sera réservé à trois productions du Ballet du Théâtre Bolshoï avec Le Corsaire d’Adolphe Adam (dès le 6 décembre), Spartacus de Khatchatourian (dès le 12 décembre) et Giselle d’Adolphe Adam (dès le 20 décembre).
L’opéra retourne à l’affiche en janvier avec Rigoletto de Giuseppe Verdi, avec Roberto Frontali et Roberto Saccà qui donneront la réplique à la soprano Inva Mula dans l’une des deux distributions au programme de ces 14 représentations (dès le 18 janvier). La nouvelle production de Salomé de Richard Strauss est dirigée par le directeur musical du Teatro Regio, Gianandrea Noseda sous la direction scénique de Robert Carsen (dès le 26 février).
Trois nouvelles productions clôturent la saison turinoise. D’abord, Lucrezia Borgia de Donizetti avec Fiorenza Cedolins dans le rôle-titre (dès le 3 avril). Puis une luxueuse Clemenza di Tito de Mozart avec Giuseppe Filianotti, Carmela Remigio, Rachel Harnisch et Monica Bacelli sous la baguette de Roberto Abbado et mise en scène de Graham Vick (dès le 16 mai). La saison se terminera avec le rare Edgar de Giacomo Puccini avec José Cura dans le rôle-titre (dès le 25 juin).