Forum Meyrin
Meyrin : place au théâtre

Aperçu de la programmation de novembre.

Article mis en ligne le novembre 2007
dernière modification le 7 décembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Au mois de novembre, au Forumeyrin, du théâtre, et pas des moindres : la salle meyrinoise accueille les 6 et 7 novembre Une laborieuse entreprise, comédie écrite en 1990 par Hanokh Levin, un des dramaturges les plus admirables de notre époque.

Un couple au lit. Yona, le mari, n’en peut plus de cette vie, il rêvait d’autre chose et il le dit à sa femme, Leviva. Il veut la quitter. Les échanges sont féroces. Longue scène de ménage où les aveux les plus personnels ne changent rien à la vacuité et la morosité de leur existence.
D’ailleurs la mort qui survient ne change rien non plus. En tout cas, elle n’empêche pas Yona de se lever pour aller aux toilettes.
Sur le mode de la comédie, Levin décline encore une fois sa vision joyeusement désespérée du monde. Un texte incisif, mis en valeur par le jeu subtil et rigoureux des comédiens du Théâtre des Agités, pour qui l’interprétation de ces rôles, très physique, est une véritable performance.

Une laborieuse entreprise, photo Alain-Bernard Billy

Place à la danse les 13 et 14 novembre avec Josef Nadj, Paysage après l’orage, une création dont la lecture est double puisque ce spectacle peut se voir comme un autoportrait de l’artiste. La chorégraphie et l’interprétation sont signées Josef Nadj, accompagné de deux musiciens (percussions et instruments à vent).
Il s’agit d’un paysage existant, situé à quelques kilomètres de sa ville natale à la frontière de la Hongrie et de la Roumanie, lieu quasiment désertique, point de départ d’une métaphore d’une mise à nu permettant d’aller à l’essentiel. Et pour eux qui en redemandent, le 16 novembre, Nadj se livre à une adaptation libre de Woyzeck, de Georg Büchner, dans Woyzeck ou l’ébauche du vertige. Josef Nadj nous entraîne dans un univers muet. Seules quelques paroles, poussives, nous parviennent des corps en souffrance. Un univers de bric et de broc, amoncellements d’objets, de chairs oppressées et meurtries, de sons secs et sourds, et parfois la musique qui revient comme une ritournelle étourdissante et maudite. Ou alors une trompette étouffée dans le silence de cette étrange colonie. De la terre.
Des danseurs figés dans l’argile.
Une petite surface de jeu délimitée au fond par un décor sobre, réduit, intensifie le message du chorégraphe.

Woyzeck @ Somlosi

Le Théâtre Populaire Romand revisite Phèdre, de Jean Racine, les 20 et 21 novembre. Phèdre sera interprété d’après la mise en scène de Gino Zampieri, qui inaugure son ultime saison à la tête du TPR. Luca Antonucci a conçu la scénographie de l’œuvre interprétée par Odile Cohen (Phèdre), Farid Bentoumi (Hippolyte), Magali Hélias (Oenone), Ahmed Belbachir (Thésée) et Ania Temler (Aricie. Selon Mathieu Menghini, Phèdre intègre pleinement la thématique Tracas d’Eros puisque la passion est le moteur essentiel de l’action dans cette pièce.
Place à la musique le 23 novembre avec L’ensemble Al-Kindî qui a beau s’être formé autour du virtuose de qanûn français Julien Weiss, il n’en est pas moins l’un des meilleurs défenseurs de la pureté des musiques classiques arabes profanes ou sacrées. S’étendant aux chants classiques arabes, sacrés ou profanes, le répertoire de l’ensemble Al Kindî est l’un des plus purs du Proche et du Moyen-Orient. Les pièces jouées par cet ensemble basé à Alep, en Syrie, sont débarrassées de toutes ornementations dans un souci rigoureux de restauration de l’authenticité, voulu par le Mi-Alsacien, mi-Suisse, Bernard Weiss.

Enfin, ce mois de novembre riche en émotions, se clôt avec Chair de ma chair, de Ilka Schönbein, les 27 et 28 novembre. Avec Chair de ma chair, les rapports mère-fille sont au cœur du propos. Le personnage central, tiré du roman autobiographique d’Aglaja Veteranyi, déroule son histoire d’enfant de la balle. La mère, artiste de cirque, pendue tous les soirs par les cheveux au sommet du chapiteau ; son amant, Armando ; la peur de la fillette ; l’accident ; l’alcoolisme maternel et la fin, dans un cabaret, alors qu’elle n’est qu’une enfant, même si elle n’en a pas l’air sur scène. Une histoire vécue par l’auteur, aux résonances si puissantes qu’elle ne laisse guère indifférent, mais une histoire si métaphorique de toutes les fatalités qui lient les mères et les filles, à des degrés divers. Difficile de résister au charisme de cette enchanteresse qui puise au fond de son subconscient la matière même de son propos.

Parallèlement à ces divers spectacles, il est possible de compléter la thématique Tracas d’Eros par la visite de l’exposition Peter et Alice, Figures Futur 2006 : jeunes et nouveaux illustrateurs de demain.

Firouz-Elisabeth Pillet

www.forumeyrin.ch
(022) 989 34 00