Galeries nationales du Grand Palais
Paris, Grand Palais : Gustave Courbet

Importante rétrospective soulignant la complexité de l’œuvre de Courbet.

Article mis en ligne le décembre 2007
dernière modification le 28 janvier 2008

par Régine KOPP

Cent trente ans après la mort Gustave Courbet (1819-1877) en Suisse, où ce révolutionnaire de la peinture s’était exilé pour échapper aux procès de la Commune, une rétrospective présentant 120 peintures, une trentaine d’œuvres graphiques et une soixantaine de photographies, propose de nouvelles lectures de l’œuvre de celui qui est devenu l’inventeur du réalisme en peinture.

Rétrospective de grande ampleur, qui souligne la complexité de l’œuvre de Courbet, de ses liens parfois paradoxaux avec la représentation du réel et la tradition picturale. Seront intégrées, cette fois, au parcours de cette rétrospective, deux œuvres, légendaires par leur parfum de scandale, et que la précédente rétrospective au Grand Palais en 1977, n’avait pas voulu montrer : L’Origine du monde (1866), le plus célèbre sexe féminin de la peinture, qui après avoir été dans diverses collections (dont celle de Jacques Lacan) est aujourd’hui au musée d’Orsay, et Femme nue couchée (1862), un tableau exposé pour la dernière fois, en 1940, au musée des Beaux-Arts de Budapest, disparu depuis et retrouvé en 2005, grâce à la Commission for Art Recovery de New York. Ces deux œuvres avait eu pour commanditaire l’ambassadeur de l’Empire ottoman à Paris, Khalil-Bey, fasciné par le corps féminin. Ces deux œuvres prennent place dans la section de l’exposition, intitulée Le nu, la tradition transgressée, à côté d’autres œuvres, comme La Femme au perroquet (1866), Les Baigneuses (1853) ou Le Sommeil (1866), dans lesquelles se manifeste la volonté du peintre d’aller aussi loin que possible dans la représentation de la nudité féminine, rompant du même coup avec les codes étroits qui s’imposaient aux artistes.

Réalité sans mythe
Le nom de Courbet est indissociable du mot réalisme. L’exposition nous montre avec conviction comment il transforme tous les genres de la peinture, ne peignant que ce qu’il voyait, choisissant de représenter sa région natale, ses paysages, ses habitants et leurs mœurs. « Etre non seulement un peintre, mais encore un homme, en un mot faire de l’art vivant, tel est mon but » écrit l’artiste. Car c’est au prisme de sa propre intériorité que le peintre regarde, retient et représente ses proches et sa terre natale. Pour Dominique de Font-Réaulx, commissaire de l’exposition avec Laurence des Cars, « le travail de Courbet est fondé sur la mémoire, nourrie moins d’une imagination qu’il ne possède pas que d’une sensibilité profonde ».

La première section qui accueille le visiteur, rassemble pour la première fois un ensemble important des autoportraits peints et dessinés de 1840 à 1855. Dans une vision romantique, l’artiste se place au centre de son œuvre : Portrait de l’artiste dit Le désespéré (1844-1845) est à ce titre une œuvre mystérieuse, une œuvre présente dans le dernier atelier de l’artiste et qui serait le signe de son attachement particulier à cette toile.
On passe ensuite à la section consacrée aux racines familiales et à sa terre natale qui lui inspirent ses premières grandes toiles, pour entrer dans celle des Manifestes avec Un enterrement à Ornans (1850) et L’Atelier du peintre (1855), deux œuvres qui ont fait le déplacement exceptionnel du musée d’Orsay au Grand Palais. Sur une toile de 7 mètres de long, aussi grande que celle où David avait immortalisé le sacre de Napoléon, Courbet représente les obsèques d’un villageois et fait figurer plus d’une quarantaine de personnes insignifiantes. La toile choqua et provoqua le scandale, par ses dimensions mais aussi par le choix du sujet et son traitement. Même destin pour L’Atelier du peintre, conçue pour l’Exposition universelle de 1855 et que le jury refusa. L’artiste décida alors d’organiser une présentation personnelle en marge de la manifestation officielle et dont tout Paris va parler. Un tableau qu’il ordonne selon sa propre dramaturgie. C’est que Courbet ne se reconnaît ni dans la tradition d’Ingres, ni dans celle de Delacroix. Il veut peindre la réalité telle qu’il la voit, sans se référer aux mythes et à la beauté idéale.

Parallèle
La section qui s’articule autour des paysages, doublée d’un parallèle avec les photographies de Le Gray ou Le Secq, confirme cette obsession du vrai. Il ne peint pas des arbres, il peint des chênes, des bouleaux. Il ne peint pas des espaces sans fin de paysages de mer mais la marée montante, par petit ou gros temps en Manche. Et comme le feront ses illustres successeurs, les impressionnistes, que ses toiles vont tout naturellement enthousiasmer et influencer, Courbet peint des séries des grottes de la Loue, de la vallée d’Ornans, de la mer en Normandie ou en Méditerranée, dont la représentation varie au gré de la météorologie ou de la topographie.
Dans la section La tentation moderne, il s’agit de montrer précisément la référence que Courbet incarne pour la génération montante de la nouvelle peinture et des débuts de l’impressionnisme, mais à rebours, l’œuvre de ces jeunes peintres stimule Courbet, dans le portrait et le sujet moderne. Dans Les Demoiselles des bords de la Seine (1856-1857), il présente une scène de genre, faisant entrer en peinture le thème des loisirs, qui sera si prisé quelques années plus tard par une génération plus jeune d’artistes, Manet et Renoir entre autres. Mais le sujet léger n’empêche pas qu’un érotisme insolent exsude du moindre détail de la composition.

Le thème de la chasse est un sujet qui lui tenait à cœur et une pratique à laquelle Courbet s’est adonnée avec passion. Tout un espace est donc consacré au peintre en chasseur mélancolique. Les œuvres occupent une place essentielle, au regard de la peinture d’histoire, valorisée dans l’exposition par la présentation autour de grands formats : L’Hallali du cerf (1866), Le Combat des cerfs (1861), La Curée (1857), dont la critique louait la maestria du peintre dans le traitement de l’animal, mais s’interrogeait sur l’étrangeté de la composition.
Le parcours prend fin avec les dernières années de Courbet et une série mélancolique de natures mortes, peintes entre 1871 et 1873, dans lesquelles il exprime son désarroi mais aussi quelques vues du lac Léman ou du Château de Chillon, auxquelles le visiteur suisse sera particulièrement attentif. C’est avec la présentation rare des trois tableaux consacrés aux Truites, métaphores de l’artiste et de son destin douloureux que les commissaires ont voulu conclure ce parcours, conçu avec rigueur et intelligence.
Faire intervenir un artiste contemporain sur le travail d’un illustre prédécesseur est une initiative de plus en plus répandue lors d’expositions. C’est le photographe suisse Balthasar Burkhard qui a été invité à exposer ses œuvres, pour rendre hommage à la création du peintre.

Régine Kopp

Exposition jusqu’au 28 janvier 2008, téléphone : 00331 44 13 17 17 (du mercredi au lundi de 10 heures à 22 heures, jeudi jusqu’à 20 heures).