Opéra de Marseille
Marseille : “Madama Butterfly“

Une Butterfly marseillaise qui offrait de belles surprises.

Article mis en ligne le décembre 2007
dernière modification le 21 décembre 2007

par François JESTIN

Que de belles surprises lors de cette Butterfly marseillaise : d’abord une production qui affiche ses points d’originalité, et puis la découverte – toujours passionnante – de deux valeurs sûres pour l’avenir du chant lyrique.

La première image est forte : une sorte de « Sainte Famille » éclatée : Pinkerton accroupi à jardin, l’enfant à cour tenant un magnifique papillon bleu sous verre, et Butterfly en fond de plateau, appuyée sur un pylône de bois, bras écartés. Elle est en fait épinglée, comme un papillon, et on retrouvera exactement le même instantané à la conclusion du spectacle. Comme dans la tétralogie wagnérienne, le cycle peut alors recommencer à l’identique. Les temps ont changé, mais cette malheureuse histoire est éternelle et pourrait se produire à nouveau – on pense alors au musical « Miss Saïgon » monté il y a quelques années, et situé à l’époque de la guerre du Vietnam.

Liping Zhang (Butterfly) et James Valenti (Pinkerton) © Christian Dresse

Le metteur en scène Numa Sadoul opte également pour un traitement non typiquement japonais : pas de rouge, mais le bleu comme couleur dominante, avec, pour maison de Butterfly, une simple baraque de pêcheurs au bord de l’eau. Le drame en devient plus universel, et se situe quelque part en Asie. Quelques belles séquences sont à évoquer, comme en fin d’acte II ce rêve de retrouvailles au ralenti entre Butterfly et Pinkerton, avec des bulles de savon qui descendent sur des enfants. Egalement au début du III, ce défilé « de la famille et des amis », où chacun repousse Butterfly tour à tour.
Dans l’interprétation du rôle-titre, la soprano Liping Zhang semble démarrer prudemment, avec une puissance mesurée ; elle se révèlera bouleversante par la suite, avec de superbes piani. L’autre bonne surprise est la découverte du ténor américain James Valenti (Pinkerton). Ligne de chant élégante, aigus victorieux, graves également assurés, diction impeccable, et en prime un physique de jeune premier : à suivre !
Le reste de la distribution est sans doute un ton en-dessous : le timbre grave de Qiu Lin Zhang (Suzuki) manque de séduction, le Sharpless de Boris Trajanov sonne très russe, le Goro de Christophe Mortagne est peu idiomatique. L’intervention de Frédéric Goncalves, distribué en Bonze, est en revanche très remarquée : arrivant sur l’eau en fond de scène dans un nuage de fumée, il déboule tel un Méphistophélès.
La direction musicale de Patrick Davin est juste satisfaisante, avec quelques sonorités désagréables aux cordes, ce qui n’altère pas cependant la réussite de l’ensemble.

François Jestin

Puccini : MADAMA BUTTERFLY : le 25 octobre 2007 à l’Opéra de Marseille