Festival Massenet à Saint-Etienne
Saint-Etienne : “Ariane“

Cette année, le festival Massenet a offert une remarquable réalisation d’Ariane à l’Opéra-Théâtre.

Article mis en ligne le décembre 2007
dernière modification le 21 décembre 2007

par François JESTIN

Absente depuis bien longtemps des scènes, c’est sur Ariane que le choix du festival Massenet de Saint-Etienne s’est porté cette année, pour une quasi nouvelle création de l’œuvre. Les spectateurs ont apprécié la partition, dans une réalisation remarquable en tous points.

Opéra en cinq actes, Ariane connût un gros succès à sa création parisienne en 1906, avec une soixantaine de représentations dans les 18 mois qui suivirent, puis vint l’oubli. La dernière reprise datait de 1937, sans aucune édition discographique disponible pour l’auditeur moderne, sinon trois airs gravés par le chef australien Richard Bonynge. C’est dire l’importance de cette soirée de première du 9 novembre, pour les admirateurs de Massenet, venus pour certains de bien au-delà de la région Rhône-Alpes.

Cécile Perrin (Ariane) et Luca Lombardo (Thésée) © Cyrille Sabatier

Et l’excitante curiosité n’est pas déçue à l’écoute de cette riche musique, dirigée avec un soin particulier par le jeune chef Laurent Campellone (35 ans), directeur musical de l’Opéra de Saint-Etienne. Tous les départs sont donnés avec précision, les cordes se révèlent soyeuses, et la dynamique des nuances est impressionnante : pour exemple ce déchaînement – rarement entendu, et qui fait d’ailleurs sursauter certains spectateurs ! – de percussions et cuivres lors de la tempête de l’acte II. La maîtrise du relief musical de l’orchestre est étonnante, et comme les chœurs sont également de belle qualité, le bonheur est complet. Tout juste peut-on déceler un peu trop de volume dans la fosse, pendant le duo de l’acte III entre Thésée et Phèdre, ce qui couvre par moments les chanteurs. On pense souvent à Wagner pendant la soirée, et on croit entendre quelques échos de sa tétralogie : des harpes des Filles du Rhin aux sons du cor backstage de Siegfried, l’influence paraît flagrante.
L’action s’y déroule aussi de manière progressive, et même si airs, duos, trios se succèdent, les applaudissements se situeront exclusivement à la fin de chaque acte. Jean-Louis Pichon, directeur de l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, et de son festival Massenet, signe la mise en scène, dans un décor unique (Alexandre Heyraud) de théâtre grec en hémicycle. En jouant sur les lumières (Michel Theuil), on passera du blanc du soleil crétois écrasant (acte I), au bleu lors du voyage sur la mer Egée (II), puis le rouge de la trahison de Phèdre (III), ou encore le violet des Enfers à l’acte IV.
Les costumes (Frédéric Pineau) suivent également un concept de couleurs : les robes, initialement d’un blanc immaculé, se colorent graduellement au cours des actes, le bleu ou rouge débordant même sur les visages et cheveux des protagonistes à l’acte V. Le rôle-titre est tenu par Cécile Perrin, et on apprécie sa diction somptueuse, dans la lignée d’une Régine Crespin ou Françoise Pollet. La voix est charnue, expressive, et les moyens présents sur toute l’étendue du registre. Le ténor Luca Lombardo (Thésée) est aussi clairement intelligible, et s’en sort très bien dans l’ensemble, même si le rôle a tendance à solliciter par moments plus de brillant dans l’aigu, et de puissance en général. Le point faible de la distribution est la Phèdre de Barbara Ducret, dont le zozotement est gênant, et la stabilité parfois précaire dans le grave. Elle se retrouve à l’aise dans le forte aigu, chose appréciable pour tous les intenses passages de l’acte III (duo avec Ariane, duo avec Thésée, …). Les autres rôles sont fort bien assurés : Anne Pareuil (Perséphone), Inge Dreisig (Cypris), le solide Cyril Rovery (Pirithoüs), et une mention particulière pour le baryton joliment timbré Marco di Sapia. A noter enfin l’intervention d’un récitant (Patrice Kahlhoven) qui introduit chaque acte, dans la tradition du théâtre grec. Un spectacle « beau comme l’antique », qui redonnera – on l’espère ! – sa chance à l’Ariane de Massenet, elle le mérite.

François Jestin

Massenet : ARIANE : le 9 novembre 2007 à l’Opéra-Théâtre