Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg
Fribourg : Josiane Guilland
Article mis en ligne le 7 juin 2021
dernière modification le 9 juillet 2021

par Vinciane Vuilleumier

Sous la direction d’Ivan Mariano, le Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg tente de nouvelles expériences et propose maintenant un accès privilégié à la création contemporaine locale. Actuellement à l’affiche, les œuvres de Josiane Guilland.

Les combles fraîchement rénovés de l’Hôtel Ratzé ont été aménagés en atelier pour accueillir des artistes fribourgeois et offrir au public un regard sur leur créativité en acte. Chaque résidence débouchera sur une exposition des œuvres de l’artiste dans le cadre du Museoscope – le musée se fait galerie, et les amateurs d’art pourront y acquérir la prochaine pièce de leur collection.

Voyage en délicatesse
L’artiste qui a ouvert le bal, c’est la peintre Josiane Guilland : après trois mois de résidence au début de l’année 2021, elle expose jusqu’au 4 juillet ses paysages de brumes et de poésie. Enseignante d’art visuel et d’histoire de l’art au Collège Sainte-Croix de Fribourg jusqu’en 2012, elle présente son travail en galerie depuis 1980 et bénéficie depuis quelques années d’expositions en solo dans les musées du canton, dont celui de Charmey en 2017-2018 qui a donné lieu à la réalisation d’un catalogue.

Les murs sombres et la lumière tamisée de l’espace du Museoscope mettent en valeur les teintes sourdes des paysages de Josiane Guilland. D’une grande cohérence de style et d’une richesse pourtant infinie dans ses variations, l’œuvre de l’artiste nous offre un voyage tout en délicatesse dans les espaces purs de l’eau et de la forêt. Sa maîtrise picturale sait donner à la brume toute son épaisseur et sa légèreté. Réalisés à l’acrylique avec des touches de fusain, ses paysages ouvrent des méditations lentes et leurs mille détails de texture et de couleur nous invitent à laisser flâner le regard d’une beauté à l’autre, dans une émulation de la promenade en nature.

Mais le vrai voyage, ce n’est pas tant les paysages qu’elle représente, mais sa manière infiniment irisée de les mettre en peinture. Elle a cette palette extrêmement riche de techniques, du papier froissé où le fusain s’imprime en premier, au glacis d’acrylique qui vient adoucir les teintes, à tous ces accidents de matière qui tendent vers l’abstraction tout en sachant si bien créer l’effet visuel voulu : la blancheur de l’eau en cascade, les touffes de joncs, les brisures des pierres sous la surface en miroir du lac… Josiane Guilland connaît son médium sur le bout des doigts, elle a cette sensibilité profonde à tous les effets visuels que lui permet l’acrylique, et sait fort bien quelle technique offrira quel effet, et quel effet saura au mieux traduire l’impression sensible et poétique de chaque élément du paysage.

Ressentir la beauté
Ses tableaux ont cette richesse de nous faire voir un paysage et plonger dans une ambiance, sans jamais retracer un à un les traits réalistes de ce qui est représenté : et c’est précisément cette liberté accordée au médium de montrer à sa manière qui fait toute la beauté et le mystère de ses toiles. Elle ne circonscrit pas mimétiquement, ne recherche pas l’illusion de voir le sujet lui-même et non sa représentation – non, la peinture en soi, l’expérience propre qu’elle propose au regard, toute cette épaisseur de la toile travaillée aux pigments prend sa place et ne se laisse ni oublier ni ignorer.

On ne regarde pas seulement un paysage, on regarde comment la peinture peut faire corps et traduire une impression sensible par ses propres moyens : des gouttes dispersées aux plis du papier, des effets de marbrures aux diffusions délicates qui poussent l’acrylique dans les retranchements de l’aquarelle, les couches grattées, les marques propres à tel pinceau – la peinture n’existe pas pour créer l’illusion de voir le sujet sans médiation, non, elle existe pour faire ressentir toute l’épaisseur et la beauté propre à cette médiation qu’elle est et qu’elle revendique.

Et cette part de mystère que conservent les toiles quand,même pour un œil aguerri, retrou-ver les techniques et imaginer les gestes à l’origine de tel ou tel effet s’avère impossible – et ce désir interminablement non satisfait de savoir comment nourrir l’intensité avec laquelle on se délecte de la contemplation. Chaque toile de Josiane Guilland est un concentré de nuances qui se déploie tout doucement – la peinture est jouissance sensible, savourons-la.

Vinciane Vuilleumier

Jusqu’au 4 juillet 2021