Au Musée d’art et d’histoire de Genève
Genève, Musée d’art et d’histoire : Patrimoine en danger

Le Musée présente, jusqu’au 30 mars 2008, une sélection d’œuvres majeures de la collection de peinture dans les salles d’expositions temporaires du rez-de-chaussée.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 31 mars 2008

par Laurent CENNAMO

Construit sur les plans de l’architecte Marc Camoletti en 1910, le Musée d’art et d’histoire n’a jamais fait l’objet d’une restauration d’ensemble depuis sa création. L’incident survenu le 31 août dernier – la chute d’une partie des corniches d’une salle de l’étage des Beaux-Arts – a résonné comme un signal d’alarme, confirmant l’urgence d’entreprendre cette rénovation.

L’étage des Beaux-Arts du Musée où sont habituellement exposés les chefs-d’œuvre de Véronèse, Liotard, Corot, Hodler, Monet et Picasso a dû être fermé au public à la suite de cet accident pour le moins inquiétant. Face à cette situation exceptionnelle, le Conseil administratif a pris la décision de restaurer sans attendre les corniches des plafonds de l’étage des beaux-arts. Les travaux de remise en état débuteront en janvier 2008 et devraient durer environ six mois. Cependant, afin de ne pas priver le public d’un patrimoine en tous points uniques, le Musée présente, jusqu’au 30 mars 2008, une sélection d’œuvres majeures de la collection de peinture dans les salles d’expositions temporaires du rez-de-chaussée.

Rénovation et extension
Le projet, qui a fait l’objet d’une étude, prévoit non seulement la rénovation du bâtiment, mais propose également une extension des surfaces existantes. Rappelons que depuis 2000, la ville dispose d’un projet de rénovation et d’agrandissement du MAH conçu par l’architecte français Jean Nouvel, lauréat de l’appel d’offres public. Le projet d’extension propose l’édification d’une structure en verre et en acier dans la cour intérieure du musée ; celle-ci comprendrait trois étages destinés aux expositions permanentes et temporaires, ainsi qu’une salle polyvalente et un restaurant panoramique offrant une vue exceptionnelle sur le lac Léman et la Vieille-Ville. Ce projet est estimé à quelques 80 millions de francs... Or la Ville ne peut à elle seule en assumer le financement. Car elle doit également faire face à d’autres obligations liées aux impératifs de rénovation de son patrimoine culturel.
En février 2007, le Conseil municipal de la Ville de Genève a accepté de présenter un crédit d’étude pour le projet de réaménagement et d’agrandissement du Musée d’art et d’histoire. L’extension ne pourra toutefois être entérinée qu’à condition que la « Fondation pour l’agrandissement du Musée », créée à cet effet, réunisse les 40 millions de francs nécessaires à cette réalisation. La Ville de Genève financera, quant à elle, la restauration du bâtiment actuel (35 millions).

Sélection de chefs-d’oeuvre
Ce contexte particulier permet de remettre en lumière la richesse et la diversité des collections de peinture et de sculpture du Musée d’art et d’histoire. Hors de Genève, et plus particulièrement sur le continent nord-américain, le Musée est traditionnellement perçu comme le « Konrad Witz Museum ». Mais au-delà des célèbres volets du retable provenant de la cathédrale Saint-Pierre – qui ne sont pas exposés dans les salles du rez-de-chaussée pour des raisons évidentes de conservation – le MAH figure parmi les trois principales collections publiques suisses, conservant des œuvres représentatives, du Moyen Age à l’époque contemporaine.

Cette présentation partielle des fonds s’ouvre sur un chef-d’œuvre du maniérisme de l’école de Fontainebleau, Sabina Poppaea, effigie imaginaire de la seconde femme de Néron. Cette figure mystérieuse – et tout particulièrement la façon qu’a cette dernière, dans un même mouvement, à la fois de se cacher et de se dévoiler aux regards du spectateur – fait l’objet d’une belle étude en ouverture de L’œil vivant de Jean Starobinski.
L’ensemble considérable, en nombre et en qualité, des écoles hollandaise et flamande est sans conteste le plus important détenu dans une collection publique suisse. L’exposition présente notamment un admirable paysage de Meindert Hobbema. Les courants majeurs de la peinture italienne sont également représentés, notamment l’école vénitienne avec Véronèse (Mise au Tombeau, vers 1575-1580). Une autre particularité du MAH dans le contexte muséal helvétique est la présence importante, pour des raisons historiques et d’orientation culturelle, de peintures françaises des XVIIe et XVIIIe siècles (Nicolas de Largillierre, Jean-Baptiste Oudry – Un dogue combattant contre un cygne, 1731 –, Hyacinthe Rigaud).
Le peintre genevois Jean-Etienne Liotard compte parmi les meilleurs pastellistes du Siècle des Lumières. La collection, qui comprend la plus grande partie de son œuvre, permet de révéler les différentes facettes de son talent, des scènes de genre orientalistes aux natures mortes des toutes dernières années, sans oublier ses nombreux portraits et autoportraits (singulier Liotard riant, vers 1770, dont le geste est peut-être une invitation à pénétrer dans l’atelier du peintre).

Corot et Hodler
Jean-Baptiste Camille Corot a compté à Genève de nombreux amis peintres, dont Barthélemy Menn, qui l’ont invité à participer aux expositions locales. Ceci explique que le Musée possède une belle série de toiles de l’artiste, traduisant ses diverses approches du paysage (Le Quai des Pâquis à Genève, vers 1842), du nu et du portrait. La collection comprend également quelques toiles impressionnistes, notamment la Ferme à Montfoucault de Camille Pissarro, dont la composition solide et les teintes grisâtres inspirèrent Cézanne.
Le Musée détient la plus importante collection publique d’œuvres de Ferdinand Hodler et pourrait être en mesure, si l’espace lui en était octroyé, de présenter en permanence une véritable rétrospective dédiée à l’artiste. L’ensemble des œuvres conservées révèle en effet ses multiples approches du paysage, mais aussi du portrait, de la peinture d’histoire et des tableaux de figure. Dans Le Lac Léman et le Mont-Blanc, l’une des ses dernière toiles (1918), Hodler mêle étude topographiquement exacte – la ligne des montagnes – et vision quasiment abstraite des formes et des couleurs – le lac à l’aube baigne dans une étrange lumière verte, les cygnes au premier plan forment une sorte de frise. La richesse de ce fonds se traduit par la présence de quelques-unes des œuvres majeures actuellement prêtées au Musée d’Orsay à l’occasion de la grande exposition consacrée à ce peintre. De même, l’impressionnant corpus de Félix Vallotton dans les collections du MAH s’illustre par les nombreux prêts consentis cet automne au Kunsthaus de Zurich (voir Scènes Magazine n°199). De Vallotton, l’exposition présente notamment une œuvre admirable de 1924, Jardins d’orangers à Cagnes.
Un tableau monumental de Picasso (Baigneurs à la Garoupe, 1957) permet d’ouvrir sur le XXe siècle. L’un des axes forts des collections est constitué par le mouvement des nouveaux réalistes et se prolonge jusqu’à l’aube du XXIe siècle, avec des œuvres de John M Armleder, Balthasar Burkhard ou encore Pipilotti Rist, représentée ici par l’installation vidéo Perdue dans le bain de lave.

Laurent Cennamo

Jusqu’au 30 mars 2008
Tel : +41 (0)22 418 26 00, mah@ville-ge.ch