Théâtre Grand-Champ, Gland
Entretien : Vincent Aubert

Au Théâtre Grand-Champ à Gland, le metteur en scène Vincent Aubert présente son dernier spectacle clownesque, Souffle d’anges

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 4 février 2008

par Laurent CENNAMO

Les 21 et 22 février au Théâtre Grand-Champ à Gland, le metteur en scène Vincent Aubert présente son dernier spectacle clownesque, Souffle d’anges. Sur scène, quatre clowns entraînent le spectateur dans une rêverie burlesque et tragique sur l’après-mort, un univers à mi-chemin entre Godot et Charlot. Entretien.

Véronique Calpini, Pierre Cohannier, Jacky Gremaud et Catherine Spozio forment la Compagnie Service Compris (née en 2004) ; c’est avec ce joyeux quatuor que Vincent Aubert - clown et acteur lui-même, il a promené son clown Roberto à travers le monde pendant près de quinze ans – collaborera à cette occasion. Notons que Vincent Aubert est actuellement à l’affiche du Molière de Boulgakov au Théâtre de Carouge.

Souffle d’anges : aperçu du maquillage des personnages

Vincent Aubert, de quoi parle Souffle d’anges ? Comment définir ce spectacle ?
Il s’agit d’une sorte de En attendant Godot en cocasse… Quatre personnages arrivent dans l’au-delà après leur funeste trépas, ne sachant pas très bien ce qu’ils doivent faire, quel ticket ils doivent prendre et où. Dans cette sorte de Purgatoire dans lequel ils attendent leur éternité, ils commencent peu à peu à se distraire, à inventer, à faire des choses qu’ils n’avaient pas pu ou pas osé faire dans leur vie terrestre. Ils sont aussi très désemparés et un peu perdus puisque plus rien ne va de soi, qu’ils doivent tout deviner ! Le tout sous le regard d’un ange gardien facétieux, qui leur révèle leur nouvelle réalité faite de recherche d’identité, d’expériences étranges de leur immatérialité, de réminiscences de leur vie terrienne… Cette projection du clown dans un contexte peu ou mal défini permet de se demander : est-ce que les clowns ont une vie différente, est-ce qu’ils continuent de l’autre côté à échapper à quelque chose, comme sur terre ?

Qu’implique le jeu à plusieurs dans le registre clownesque ?
Un clown seul établit un univers qui n’appartient qu’à lui. Dans ce registre on peut citer par exemple le clown Grock, ou Dimitri. Dans un quatuor c’est bien sûr autre chose : chacun a une voix, l’univers ne leur appartient pas, ils doivent dialoguer, composer avec ce qui les entoure. Chaque clown a sa couleur, sa façon d’agir, chacun doit pouvoir s’exprimer à sa manière. On a mythiquement enregistré l’image du clown blanc ou de l’Auguste, ou encore celle des humoristes seuls sur scène. Le propre du clown est de dire que tout est possible, de briser ces catégories. En tant que clown, il est certain qu’on a un côté individualiste : on veut exister quoi qu’il arrive, on a envie de solo. Nous jouons aussi avec ces désirs dans la pièce.

A quel public ce spectacle s’adresse-t-il ? A des enfants ?
Je n’aime pas beaucoup les catégories. En tant qu’enfant, j’ai entendu des musiques ou lu des livres qui n’étaient pas « pour des enfants » et qui m’ont marqué quelque part. Je dirais que c’est d’abord un « spectacle », qui s’adresse à celui qui veut bien le recevoir. Bien sûr, Souffle d’anges aborde des thèmes graves, la mort par exemple, mais c’est une chose qui existe… Et puis vous savez les enfants se posent très tôt beaucoup de questions à ce sujet, des questions pertinentes, qui nous ébranlent.

A quoi le spectateur doit-il s’attendre en ce qui concerne la mise en scène ?
On est dans l’au-delà : cela nous laisse une liberté totale. J’ai opté pour un décor simple, sobre, avec des parois blanches ou transparentes. Chaque personnage possède un objet en lien avec sa vie terrestre – un pot de fleurs, une valise – qui devient support de jeu. Bien qu’ils aient un nez rouge, ces derniers ne sont pas en phase avec l’image du clown traditionnel. J’avais pensé d’abord à des costumes qui se transformeraient au fil du spectacle ; je n’ai finalement pas retenu cette option : les personnages viennent avec leur dernier costume ; ainsi, les personnages ont à la fois une crédibilité humaine et témoignent d’un décalage cocasse. Une certaine simplicité en matière de scénographie me semble nécessaire. Dans Souffle d’anges, je souhaite que ce soit le jeu qui règne.

Propos recueillis par Laurent Cennamo

Réservations : 022 366 01 72
www.compagnieservicecompris.ch