Opéra du Rhin
Mulhouse : “Idomeneo“

Cette réalisation strasbourgeoise affiche cet esprit d’impatience un brin irrévérencieuse qui animait le jeune Mozart.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 5 février 2008

par Eric POUSAZ

Mozart ne s’encombre pas d’un respect excessif des règles qui régissent les conventions de l’opera seria dans son Idomeneo, Re di Creta écrit pour Munich. Tout se passe comme si, en jeune homme impétueux et pressé, il s’agissait pour lui de démolir le carcan patiemment élaboré par ses maîtres au fil des décennies passées pour ouvrir la voie à l’opéra moderne.

C’est bien cet esprit d’impatience un brin irrévérencieuse que l’on retrouve dans cette réalisation strasbourgeoise. Les chanteurs sont en majorité jeunes et beaux et leurs voix impétueuses se coulent avec aisance et un brin de verdeur (ou de maladresse ?) dans ces airs et ensembles d’une difficulté redoutable.

Des voix à la hauteur
Le ténor Kobie van Rensburg s’attaque avec maestria au rôle d’Idomeneo dont il ne craint pas d’affronter les versions les plus difficiles lorsqu’il en a le choix ; ainsi, il déguste avec une autorité sans faille le profil musical affolant de son air au 2e acte qui contient une des séquences de vocalises les plus impressionnantes qui se puissent imaginer. Quand on aura ajouté que la pâte sonore du timbre s’avère généreuse mais sans emphase et que la justesse de l’expression comme du geste ferait honneur au plus grand des acteurs, on comprendra que la scène lyrique possède en lui un parfait interprète du rôle.

Idomeneo
Avec Kobie van Rensbourg, Sébastien Droy et Mireille Delunsch, photo Alain Kaiser

Mireille Delunsch impressionne également avec une Elektra au chant magnifiquement différencié, tiraillé entre l’abandon lyrique et l’accès de furie vertigineux ; malheureusement, le dernier air la trouve empruntée et incapable de faire autre chose que d’en marquer d’une voix blanchie un dessin musical passablement malmené. Le timbre corsé et puissant d’Agnieszka Slawinka surprend en Ilia, qu’on a l’habitude d’entendre confiée à un gosier plus fragile, mais le personnage séduit par sa véhémence autant que par sa grâce. Sébastien Droy chante Idamante avec une voix de ténor plutôt retenue, comme s’il convenait de brosser de ce fils rejeté un portrait tout de discrétion qui servît de faire valoir au désespoir viril de son père : l’art de la coloration est parfait, la maîtrise du souffle impeccable et le respect de la moindre nuance tout simplement magnifique. L’Arbace de Roger Padullès, au chant soigné et sonore, est non moins accompli que la Voix de Neptune, puissante mais sans grandiloquence, de Nicolas Testé.

Réussite...
A la tête d’un flamboyant Orchestre symphonique de Mulhouse, Theodor Guschlbauer dirige avec passion et précision une des interprétations les plus réussies entendues en salle récemment : la subtilité des voix croisées des instruments solistes autant que la fluidité scintillante des instruments du corps de l’orchestre concouraient à faire de cette interprétation un de ces moments de théâtre auquel on se référera encore longtemps. Dommage que le Chœur de l’institution, entaché de quelques timbres vraiment laids et trémulants, ne soit pas à la hauteur de l’occasion !

... et légère réserve
Autre déception : le décor laid et passe partout conçu par Siegfried Mayer. Au lieu d’alléger le propos, il enferme les acteurs dans un carcan grisâtre et mal éclairé, qui fatigue inutilement l’œil au point de le distraire de la musique.
La mise en scène de François de Castrie abandonne le chœur à son triste sort (que de bras levés maladroitement à l’unisson ou de simulacres de conversation aussi inutiles qu’empruntés !) pour se concentrer sur le jeu des personnages principaux qu’elle sait fort heureusement muer en acteurs convaincants.

Eric Pousaz

Mulhouse, représentation du 4 décembre