Film de février 2008 : “Survivre avec les loups“

Véra Belmont nous offre l’Holocauste vécue à travers l’improbable périple d’une enfant.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 4 mars 2012

par Firouz Elisabeth PILLET

Survivre avec les loups


de Véra Belmont, avec Mathilde Goffart, Yaël Abecassis, Guy Bedos, Michèle Bernier. France, 2008.

Misha, une petite fille de 8 ans parcourt l’Europe nazie à la recherche de ses parents. Son père et sa mère viennent d’être déportés. Elle ne sait qu’une seule chose : ils sont à l’Est. A l’aide d’une simple petite boussole, elle quitte sa Belgique natale et rejoint l’Ukraine à pied, traversant l’Allemagne et la Pologne, dans l’espoir de les retrouver.
Pour survivre, elle vole de la nourriture et des vêtements. Pour survivre, elle évite les hommes et leur violence. Pour survivre, elle intègre une meute de loups. Et devient l’une des leurs.
Un roman ? Insolite et pittoresque ? Que nenni ! Adapté du livre éponyme et autobiographique de Misha Defonseca, cette histoire vraie séduit, surprend, étonne, intrigue, et surtout … émeut. Emeut à nous en arracher les larmes !
Véra Belmont souhaitait depuis toujours faire un film sur l’Holocauste mais craignait de suivre des chemins battus à de nombreuses reprises. Elle s’enthousiasme à la lecture du livre de Misha Defonseca et y trouve enfin le scénario qu’elle recherchait : la déportation, les camps, la solution finale vécue à travers l’improbable périple d’une enfant dont les seules défenses sont l’espoir et l’amour. La réalisatrice se heurte à deux difficultés majeures de la réalisation : tourner avec des animaux et diriger une enfant. Si la deuxième n’a fait aucun caprice durant le tournage et a remporté tous les suffrages au sein de l’équipe, les premiers ont donné du fil à retordre à la cinéaste. Véra Belmont s’est associée au dresseur Pierre Cadéac, qui a eu la tache de trouver, dresser et faire jouer trois loups adultes et leurs doublures, des loups gris et cinq louveteaux ; il avoue que pour faire faire au loup ce qu’il veut, ce n’est pas du dressage mais de la ruse. "On ne dresse pas un loup à aller jusqu’à être un comédien", explique le dresseur". On habitue le loup à un objet, comme un caillou. Il sait qu’à chaque fois qu’il posera sa patte sur ce caillou, il recevra une récompense. »

« Survivre avec les loups », de Véra Belmont
© Frenetic Films

Sans ôter le mérite à la jeune actrice en herbe, il faut mentionner un protagoniste à part entière, uniquement audible mais dont le rôle est essentiel : la musique. La cinéaste souhaitait une musique présente, capable d’accompagner ce récit poignant sans l’étouffer : "L’histoire de Misha est bouleversante et il fallait que la musique la porte sans la plomber", admet la réalisatrice. "Un jour, j’ai entendu la musique d’Emilie Simon. Il y avait quelque chose d’aérien dans ses compositions, quelque chose qui faisait penser à la nature. J’ai posé sa musique sur les premières images de mon film et elle accompagnait et soutenait le film comme par magie." Véra Belmont a ainsi été picoré des morceaux ici et là dans la discographie d’Emilie Simon tandis que cette dernière composait également quelques musiques originales pour le film. La bande-son est envoûtante, poursuivant de ses accords subtils les spectateurs au-delà de ce périple filmique.
Le tournage a présenté de nombreuses difficultés, principalement dues aux conditions météorologiques. La réalisatrice Véra Belmont, respectant le périple de la jeune Misha dans l’Europe de la Deuxième Guerre mondiale, voulait intégrer les quatre saisons de l’année dans son film. "Un peu d’automne quand elle commence son voyage, beaucoup d’hiver, un peu de printemps, un bout d’été et encore un peu d’automne quand elle rentre à Bruxelles qui a été libérée en septembre 1944". S’il y a bien un protagoniste que l’on ne peut pas diriger, c’est la météorologie, et celle dernière s’est montrée fort capricieuse durant le tournage.
Depuis Romulus et Remus, en passant par Mowgli du Livre de la Jungle de Kipling, le thème d’un enfant sauvé ou élevé par des loups, que ce soit mythe ou réalité, a peuplé la littérature, en particulier au Moyen-Age. Alors que les bombes se fracassent sur l’Europe, que les convois nocturnes et macabres s’ébranlent pour Dachau, Treblinka ou Auschwitz, que des familles entières sont anéanties dans le silence général, l’histoire, ou plutôt le conte magique de cette fillette qui part à la recherche de ses parents est une pure lueur de bonheur dans la noirceur d’une guerre dont on ne connaît pas encore toutes les anecdotes. Celle de Misha en est une, particulièrement bouleversante et attendrissante.

Firouz-Elisabeth Pillet