Opéra-Théâtre d’Avignon
Avignon : “La Traviata“

Inva Mula a offert une impressionnante interprétation de La Traviata.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 5 février 2008

par François JESTIN

Inva Mula est aujourd’hui l’une des meilleures titulaires du rôle-titre de Traviata, et c’est un bonheur de la voir et l’entendre à Avignon, scène avec laquelle elle entretient une relation particulière.

La Traviata
Avec Inva Mula (Violetta) © ACM – Studio Delestrade

C’est en effet avec La Traviata en 1994 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon que la soprano albanaise démarre sa carrière internationale, après s’être distinguée l’année précédente au concours Placido Domingo. Invitée régulièrement depuis, la voix s’est élargie et propose aujourd’hui un vrai soprano dramatique, en ayant perdu sans doute un peu d’agilité dans les vocalises (son Elvira dans i Puritani en 2005 était moins convaincante).

Sa Violetta Valéry de 2007 est en revanche impressionnante : graves expressifs, aigus forte (fin de l’acte I), subtils piani, l’interprétation du personnage est admirable. Son Alfredo, le ténor coréen Yikun Chung, fait une bonne première impression, avec des aigus percutants et une réelle italianità. Mais la première impression s’estompe par la suite : il s’affaiblit dès que le rythme s’accélère, en oubliant quelques notes, et rencontre aussi des problèmes de style. Le baryton Marzio Giossi (Giorgio Germont) est une valeur sûre, au chant toujours bien projeté, mais dont le timbre de couleur très sombre donne parfois l’impression d’un son engorgé.

La Traviata
Avec Inva Mula (Violetta) et Marzio Giossi (Giorgio)
© ACM – Studio Delestrade

La direction musicale de Vincet Barthe n’apporte pas toutes les richesses et subtilités attendues. Les premières mesures douces de l’ouverture sont très belles, ainsi que le prélude du III, mais le chef semble ailleurs s’occuper presque exclusivement du rythme, par une battue franche et un brin mécanique, ceci au détriment des nuances.

Nadine Duffaut, chargée de la mise en scène, prend l’initiative de transposer l’action dans l’hôtel parisien Le Lutetia, à la Libération. Tout fonctionne parfaitement ici, et on passe du lobby, au salon, puis à une chambre pour la mort finale de Violetta. Comme un fil conducteur, un piano est présent constamment sur le plateau, et participe aux plus belles images de la production, par exemple à la fin de la fête (acte I), lorsque tous les choristes pointent un doigt accusateur vers Violetta, assise sur le tabouret. La mort finale de Violetta est également saisissante : elle s’écroule sur le clavier, après avoir brandi la partition vers le ciel.

François Jestin

Verdi : LA TRAVIATA : le 29 novembre 2007 à l’Opéra d’Avignon