Marseille : “Giulio Cesare“

Händel est si rare à Marseille que cette représentation de Giulio Cesare fait un peu figure de coup d’essai.

Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 21 mars 2008

par François JESTIN

Bilan quelque peu mitigé pour ce Jules César de Händel, avec toutefois de beaux motifs de satisfaction vocale.

Händel est si rare à Marseille que cette représentation fait un peu figure de coup d’essai. Ce n’est en fait que depuis la saison dernière, avec Dido and Aeneas à l’affiche, que l’Opéra semble vouloir amorcer une programmation régulière du répertoire baroque. Même si le résultat reste honorable, l’orchestre de toute évidence n’est pas encore rompu à ce style, qui requiert une concentration de tous les instants, et une attention au volume et à la beauté du son.

La direction de Kenneth Montgomery est plutôt lente, et on est loin du ressort d’un Christie ou Minkowski. Les chœurs sont absents, et c’est la mauvaise surprise de la soirée ! Même si leurs interventions sont réduites (introduction, air de César, final), l’absence des choristes, sûrement d’abord pour raisons financières, est très discutable. Marseille n’est pas forcément le premier fautif, le spectacle monté à l’Opéra de Nancy la saison dernière étant importé en l’état.

“Giulio Cesare“
avec Christophe Dumaux (Ptolemeo) et Jane Archibald (Cleopatra)
© Christian Dresse

La reprise de la production de Yannis Kokkos (mise en scène, décors et costumes), réalisée par Marielle Kahn, est bien huilée : ambiance coloniale art déco pour Cesare, avec fauteuils club en cuir, casques de brousse et pantalons bouffants, et Egypte stylisée chez Cléopatre, en présence de figurants portant masques d’Anubis et Horus. Quatre volées d’escalier sur roulettes seront souvent déplacées : face-à-face, elles permettront des duos ou batailles, et côte à côte Cléopatre pourra descendre un grand escalier style « Casino de Paris », et mener une opération de charme envers César.

Le point faible de la distribution vocale est malheureusement la mezzo Beth Clayton dans le rôle-titre, d’un tout petit volume, presque inaudible sur ses vocalises imparfaites. Jane Archibald (Cleopatra) est à l’opposé enthousiasmante : belle voix expressive, très agile, volumineuse et lumineuse. Beaucoup de plaisir et d’émotion sont procurés également par trois autres chanteurs : Stéphanie d’Oustrac (Sesto) a l’allure du fils vindicatif, et fait passer la fureur dans l’accent, Marie-Ange Todorovitch (Cormelia) est sensible et le contre-ténor Christophe Dumaux (Tolomeo) bien en place et véloce, et varie voix de tête et voix de poitrine sur certains graves.

François Jestin

Händel : GIULIO CESARE : le 5 février 2008 à l’Opéra de Marseille