Notule DVD - mars 2008 : “Les Puritains“ de Bellini

Les caméras étaient dans la salle pour capter Anna Netrebko lors de sa prise de rôle dans Les Puritains de Bellini au Met de New-York.

Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 22 janvier 2012

par Eric POUSAZ

La cantatrice russe Anna Netrebko est parvenue en quelques mois à s’imposer comme la soprano dont on parle, même (surtout ?) lorsqu’elle fait faux bond comme ce fut encore récemment le cas en janvier lors d’une série de représentations londoniennes de La Traviata. Sa voix exceptionnelle est de celle que l’on reconnaît rapidement et ses interprétations laissent rarement le spectateur ou l’auditeur indifférent.

Dans le courant de la saison passée, elle a abordé trois nouveaux rôles et a, chaque fois, recueilli un accueil enthousiaste du public comme de la critique. Lors de sa prise de rôle dans Les Puritains de Bellini au Metropolitan Opera de New-York, les caméras étaient dans la salle et un DVD souvenir de cette soirée vient de paraître chez Universal.
Couverture : “Les Puritains“
La démonstration de l’artiste est impressionnante. Le rôle d’Elvira, conçu pour un soprano colorature doté d’un médium suffisamment étoffé, convient à peu d’interprètes car il sollicite des registres vocaux et dramatiques fort différents. Disons d’emblée que ce ne sont pas les fioritures acrobatiques de la scène de la folie qui rendent ce document indispensable à tout amateur de bel canto. En de tels moments, en effet, la chanteuse se permet quelques glissandi périlleux, escamote certaines notes et ne parvient jamais à nous faire croire que les ornements interpolés siéent naturellement à sa technique de chant. Mais dans cette même scène de l’acte II, elle ose un coup de théâtre dramatique inoubliable qui lui vaut une ovation spontanée et frénétique de la part du public : après s’être lentement approchée du bord de la scène, elle se couche sur le sol et chante une bonne partie de son air le regard perdu dans les cintres et la chevelure pendant dans la fosse… L’effet peut être jugé excessif, mais en un tel moment, cette prise de risque ajoute une touche de tension bienvenue à la scène et justifie pleinement que ce caprice de diva entre dans l’histoire du théâtre !....
Dans les passages où l’effusion se fait plus lyrique, la chanteuse atteint sans effort apparent à des sommets d’intensité car elle sait faire chatoyer les sons sans qu’aucune dureté n’entache son émission, comme si la musique avait été écrite expressément pour elle. En Elvira, ‘la’ Netrebko a en tous les cas trouvé un emploi qui devrait lui permettre de se maintenir longtemps au faîte de la gloire si elle parvient à peaufiner son art de la vocalise...
Une telle réussite eût mérité un meilleur entourage. Malheureusement, la direction du théâtre new-yorkais ne s’est pas souciée d’offrir à la chanteuse des partenaires dignes d’elle. En Arturo, le ténor Eric Cutler a bien de la peine à rendre plausible son portrait d’amoureux ardent tant la voix est serrée et peine à se déployer dans l’aigu. Le baryton Franco Vassallo réussit, lui, un parcours vocal sans faute dans le rôle du rival rejeté, mais son chant reste totalement vide d’expression ; rarement, un chanteur aura paru si peu concerné dans le fameux duo ‘Suoni la tromba’ face à un Sir Giorgio – la basse John Relyea – tout simplement risible dans ses poses de père offensé que soulignent des grossissements de voix tout simplement déplacés. Les rôles secondaires sont adéquats, sans plus, alors que le chœur s’en tire avec les honneurs grâce à un engagement scénique et à un enthousiasme vocal de la meilleure veine. La direction de Patrick Summers est vive, mais superficielle et ne perd pas son temps à tirer de subtils effets d’une orchestration qui paraît ici bien plate…
La mise en scène date de la fin des années 70 – elle servit alors d’écrin aux apparitions de Joan Sutherland dans ce rôle – et porte bien son âge en dépit des élégantes toiles peintes par Ming Cho Lee. L’action se déroule sans surprise, les poings se lèvent menaçants quand il le faut, les rondes traversent le plateau au pas cadencé, – bref : tout est pour le mieux dans le monde lyrique de grand papa.
La seule version rivale actuellement disponible en DVD est celle qui a été captée au Liceu de Barcelone dans une mise en scène minimaliste mais séduisante d’Andrei Serban avec Edita Gruberova – impressionnante malgré quelques tics agaçants – en Elvira et deux atouts de poids en la personne de José Bros, un vrai ténor léger, en Arturo et un grand Carlos Alvarez en Riccardo. Quant au chef, Friedrich Haider, il nous donne à entendre un Bellini dont on n’eût pu imaginer le raffinement à l’écoute du seul DVD new-yorkais … (2 DVD Universal – DGG)

Eric Pousaz