Festival de Lucerne
Lucerne : Beethoven et Karajan à l’honneur
Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 23 mars 2008

par Eric POUSAZ

Le premier volet du Festival de Lucerne a lieu traditionnellement dans la semaine qui précède le dimanche des Rameaux. Selon une recette maintenant consacrée, les partitions de musique spirituelle y voisinent avec les piliers du grand répertoire germanique et assurent à la manifestation un succès retentissant.

Le festival se construit cette année autour de trois grands axes. Il y a d’abord les grandes partitions religieuses de circonstance, en nombre légèrement moins élevé que de coutume. Une Passion de Bach ne saurait faire défaut et, cette année, c’est celle de Saint Jean qui est à l’affiche le lundi 10 mars sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, un habitué de ce rendez-vous pascal, avec la collaboration du Concentus Musicus Wien et de l’Arnold Schoenberg Chor. La brochette de solistes est prestigieuse : le soprano Christiane Oelze et l’alto Bernarda Fink sont accompagnées des ténors Michael Schade en Evangéliste et Jeremy Ovenden pour les airs ainsi que des basses Georg Zeppenfeld en Christ et Christian Gerhaher pour les airs.

Originalité
Nettement plus originale est la soirée du dimanche 9 mars qui verra l’Orchestre de la Suisse Romande, placé sous la direction de son chef attitré Marek Janowski, présenter une partition déjà relativement ancienne – elle date de 1964 – qu’Olivier Messiaen a prévue pour bois, cuivres et percussions métalliques et intitulée « Et expecto resurrectionem mortuorum » ainsi que la musique de scène pour le drame de Gabriele d’Annunzio « Le Martyre de Saint Sébastien ». L’orchestre sera accompagné du Schweizer Kammerchor, préparé par Fritz Näf et de Mireille Delunsch, soprano, Iris Vermillion et Brigitte Balleys, mezzo sopranos.

Iris Vermillion

Trois jours plus tard, le mercredi 12 mars, un ensemble de musiciens suisses presque inconnus sur les bords du Léman s’attaque à une des partitions de musique contemporaine les plus fascinantes qui soient : l’oratorio « A Child of Our Time » que Michael Tippett a composé en 1941 à la mémoire de Herschel Grynszpan, un Juif qui a abattu d’un coup de pistolet un membre de l’ambassade allemande à Paris parce que sa famille venait d’être déportée en Pologne par le régime nazi. Son attentat a déclenché une vague d’incendies de synagogues sur tout le territoire allemand et marqué en quelque sorte le début de l’extermination à grande échelle du peuple élu. L’œuvre de Tippett, rarement jouée en nos contrées, se présente comme un oratorio moderne où les chorals luthériens sont remplacés par des Negro Spirituals ; elle vise ainsi un large public et est devenue un des grands classiques de la musique religieuse du 20e siècle… Elle sera interprétée pour l’occasion par la Junge Philharmonie de Suisse centrale et un grand chœur formé de l’Akademiechor de Lucerne, du Chœur de chambre de l’Université de Fribourg et de la Luzerner Kantorei. Les solistes en sont Barbara Locher, soprano, Liliane Zürcher, alto, Musa Nkuna, ténor et Michel Brodard, basse.
Un récital d’orgue de l’organiste libanais Naji Hakim clôt ce volet le samedi 15 mars avec deux partitions rares elles aussi : la « Messe de la Pentecôte » qu’a composée Olivier Messiaen en 1950 et une longue méditation écrite par l’organiste lui-même, intitulée « Le Tombeau d’Olivier Messiaen », pour son concert d’intronisation lorsqu’il a pris officiellement la succession de Messiaen à l’orgue de l’Eglise de la Sainte Trinité à Paris. On oublie en effet trop souvent que le grand compositeur français a été l’organiste officiel de cette église de 1931 jusqu’à sa mort en 1992. Son magnifique instrument, un Cavaillé Coll, a été pendant toutes ces années, dimanche après dimanche, le lieu de prédilection sur lequel le compositeur laissait libre cours à son imagination musicale et improvisait sur des thèmes musicaux que lui inspirait la liturgie du jour. Lui-même considérait ces moments comme les plus fructueux de sa vie de musicien…

Tradition
Deux autres volets, nettement plus traditionnels, enrichissent la manifestation. Il s’agit d’abord d’un petit cycle Beethoven confié au chef néerlandais Bernard Haitink et à l’Orchestre de Chambre d’Europe. Le samedi 8 mars verra le pianiste Radu Lupu interpréter le premier Concerto de piano avant que l’orchestre ne s’attaque à la 3e Symphonie dite Eroica. Trois jours plus tard, ce sont Lars Vogt au piano, Frank Peter Zimmermann au violon et Christian Poltéra au violoncelle qui s’attaqueront au Triple concerto avant une 5e Symphonie qui s’est faite curieusement bien rare dans les programmes de concerts ces dernières années !...
Deux concerts confiés à l’orchestre de la Radio Bavaroise placé sous la direction de leur chef attitré Mariss Jansons complètent cette offre pléthorique d’une semaine. Ils sont donnés à la mémoire de Herbert von Karajan, un des chefs les plus souvent invités à participer à la grande manifestation lucernoise dès l’après-guerre, dont on fête cette année le centième anniversaire de la naissance. Le samedi 15 mars, le Requiem allemand de Brahms est à l’affiche (avec le Chœur de la Radio Bavaroise et les solistes Krassimira Stoyanova soprano et Michael Volle baryton). Le lendemain à 11 heures, un programme panaché permettra d’entendre Mihoko Fujimura, mezzo soprano dans les Wesendonck Lieder de Wagner et quelques extraits symphoniques célèbres de Tannhäuser, Lohengrin, Siegfried, Götterdämmerung et Die Walküre.

Eric Pousaz