Aux Bouffes du Nord
Bouffes du Nord : “Bérénice“

Analyse de Bérénice dans la mise en scène de Lambert Wilson.

Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 24 mars 2008

par Ann SCHONENBERG

Après deux vaines tentatives, avec entre autres Kristin Scott-Thomas, Lambert Wilson nous offre
– enfin – une belle Bérénice ! A voir au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris jusqu’au 23 mars.

Cette mise en scène de Lambert Wilson s’ouvre sur une image de Titus (interprété par Lambert lui-même), tel un apollon, se faisant vêtir d’une belle étole prune drapée. Ce premier tableau, sorte de prologue, donne le ton de la pièce. Lambert Wilson s’expose et s’amuse en interprétant un des rôles-titres. Très vite, sa partenaire de jeu, Carole Bouquet – très attendue par le public – nous apparaît en une fraîche Bérénice. Sa simplicité offre à ce duo une douce élégance. Petit à petit la trame se tisse et nous assistons à une tragédie sans morts ni sang.

Faire quelque chose à partir de rien
Les vers de Racine sont à la fois mis en valeur par les comédiens et par la scénographie. Lambert Wilson semble avoir suivi le désir de Racine, celui de faire quelque chose à partir de rien. C’est donc avec une trame simple que la tragédie prend forme. Malgré l’amour qu’il porte à Bérénice, Titus rejette cette dernière et la renvoie chez elle, en Palestine, car Paulin (figure représentative de Rome) interprété par Georges Wilson, ne supporte pas l’idée que Titus, empereur de Rome, s’unisse à une étrangère. Pour Titus « il ne s’agit plus de vivre, il faut régner », il préfère l’ambition et le pouvoir à l’amour.
La pièce, alors, se meut dans le va-et-vient d’un Titus écartelé. Les scènes, tels des tableaux, sont saccadées et, entre elles, le public est immergé dans le noir. Tout est d’une simplicité étonnante – même le salut des comédiens ! La scénographe, Chloé Obolensky, que l’on connaît pour ses collaborations avec Peter Brook, utilise avec finesse la salle des Bouffes du Nord pour servir le texte et il est d’ailleurs difficile de distinguer les éléments du décor de ceux de la salle. Les costumes, eux aussi conçus par la scénographe, mettent en valeur les comédiens. Quant aux belles lumières de Dominique Bruguière, elles donnent formes et volumes à cet espace presque nu.

Surprise
Surpris, donc, nous le sommes. Ces têtes d’affiche laissaient supposer une de ces énièmes mises en scène conçues plus pour les comédiens eux-mêmes que pour le public… Mais le spectateur y trouve son compte. Malgré l’omniprésence du metteur en scène qui agace un peu, cette vision sobre du texte de Racine nous permet de le (re)découvrir.
Une dernière chose peut-être, cette mise en scène place Antiochus (Fabrice Michel) dans l’ombre du duo Titus-Bérénice, et nous est présenté comme perdant dès le début, notamment par son costume noir qui parle trop et trop tôt. On en oublie presque son importance. Dommage.

Ann Schonenberg

Bérénice de Racine, mise en scène de Lambert Wilson, avec Carole Bouquet ; jusqu’au 23 mars. Location 01.46.07.34.50.