Fondation de l’Hermitage, Lausanne
Entretien : Juliane Cosandier

Juliane Cosandier, directrice, nous parle de son institution, de son présent et de son futur proche.

Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 19 mai 2008

par Laurent CENNAMO

Juliane Cosandier est la directrice de la Fondation de l’Hermitage, haut lieu de la peinture en Suisse romande. Elle nous parle de son institution, de son présent – l’exposition « Victor Hugo. Dessins visionnaires » qui se tient jusqu’au 18 mai 2008 – et de son futur proche : notamment un voyage à Bergame (Trésors de l’Accademia Carrara) qui s’annonce splendide. Entretien.

Juliane Cosandier, qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’organiser une exposition sur les dessins visionnaires de Victor Hugo à la Fondation de l’Hermitage ?
J’ai été contactée il y a deux ans par Danielle Molinari, la Directrice de la Maison de Victor Hugo à Paris ; elle m’a proposé de présenter des dessins de sa Maison. La proposition, bien qu’alléchante, méritait réflexion : des dessins, à la Fondation de l’Hermitage... Mais j’aime infiniment le dessin – j’ai travaillé dix-sept ans au Cabinet des Estampes à Genève –, et puis je savais qu’il existait plusieurs prêteurs potentiels dans la région genevoise, lesquels ont très vite accepté d’effectuer des prêts importants. Une chose qui me tient à cœur dans la programmation des expositions est de proposer des aspects de l’art qu’on connaît moins – ce fut le cas ces dernières années par exemple avec Kupka, Brauner, Caillebotte ou Fantin-Latour – ou bien des expositions qui ont lieu pour la première fois en Suisse. Ce qui était presque le cas pour cet aspect de la création de Hugo. Une exposition sur les dessins de Victor Hugo avait eu lieu en 1951 au Musée Rath, puis une autre près de trente ans plus tard – en 1987 – au Kunsthaus de Zurich, organisée par Harald Szeemann. Le fait que Victor Hugo se soit rendu à six reprises en Suisse, et deux fois à Lausanne, constituait un ancrage supplémentaire. Tout y était ! Mais l’essentiel est la qualité exceptionnelle de ces dessins, leur richesse surprenante, que ce soit dans l’imaginaire développé ou les techniques – encre, lavis, aquarelle, grattage... C’est Florian Rodari qui a assuré le commissariat de l’exposition. Il collabore également en ce moment avec Danielle Molinari à l’exposition L’Esprit de la lettre à la Maison de Victor Hugo. Il a effectué un travail formidable !

Comment se porte la Fondation de l’Hermitage ? Quels sont les critères qui guident vos choix pour l’organisation d’une exposition en ces lieux ?
La Fondation se porte bien, même si les choses ne sont pas toujours simples. En effet, nous bénéficions de subventions étatiques modestes. Nous sommes obligés de beaucoup nous investir pour trouver des financements, cela d’autant plus que les expositions que nous proposons réclament souvent des budgets énormes.
Il existe différents critères ou « types » d’exposition à l’Hermitage. D’abord les expositions « maison », essentielles pour la crédibilité et le renom de l’institution. On pourrait citer, entre autres, les expositions Caillebotte, Fantin-Latour, Baselitz, et Hugo bien sûr, dont le commissariat a entièrement été réalisé ici. Nous effectuons parfois des partenariats ; par exemple, l’exposition Kupka est allée au Musée du Lichtenstein à Vaduz. Enfin, il nous arrive de présenter des collections publiques ou privées – par exemple celles du Musée Fabre de Montpellier en 2006, ou celles du collectionneur Jean Planque en 2001 –, au gré des circonstances. Nous proposons en alternance des expositions monographiques – qui fonctionnent généralement mieux – et des expositions thématiques, quand même très intéressantes. L’essentiel pour moi est que je puisse projeter mon imaginaire dans un projet, une belle aventure.

Quels sont vos projets pour la suite ? Vous nous invitez cette année à un petit voyage du côté de Bergame je crois…
En effet, la Fondation de l’Hermitage présentera du 27 juin au 26 octobre 2008 une sélection de chefs-d’œuvre de l’Accademia Carrara de Bergame. L’Hermitage bénéficie d’une certaine notoriété à l’étranger, malgré sa petite taille, des projets alléchants nous sont parfois proposés. Nous avons bénéficié en cette occasion de circonstances formidables. Comme on le sait, faire voyager la peinture italienne de la Renaissance est toujours très compliqué ; les contraintes administratives notamment sont nombreuses. En l’occurrence, les choses nous étaient présentées en quelque sorte « sur un plateau », ce qui est une grande chance. La collection de Bergame comprend notamment des œuvres de Bellini, Raphaël, Pisanello, Lorenzo Lotto… nous sommes certains que le public sera au rendez-vous.

Propos recueillis par Laurent Cennamo

www.fondation-hermitage.ch