A l’Aula Frank Martin
Entretien : Philippe Dragonetti

La vièle enchantée, œuvre de Philippe Dragonetti, sera créée en avril à l’Aula Frank Martin.

Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 28 avril 2008

par Valérie ZUCHUAT

Œuvre pour récitant, solistes, chœur et orchestre de Philippe Dragonetti, La vièle enchantée sera créée les 11 et 13 avril prochains, à l’Aula Frank Martin, par le Chœur du Collège de Saussure et l’Orchestre de Chambre de Genève placés sous la direction de Philippe Girard.

Conte musical sur lequel souffle un air oriental, La vièle enchantée s’inscrit à la suite d’une œuvre abondante aux inspirations métissées. Les compositions musicales de Philippe Dragonetti, guitariste et enseignant, ont ainsi des accents aussi divers que le jazz, le folklore ou la musique classique : comédies musicales (Horace, Web Side Story, Silence… on coupe !, Help !), suite de danses pour harmonica, marimba et orchestre (Harmorimba) ou encore cantate profane sur des poèmes de l’écrivain cubain Nicolas Guillén (Sensemayá).

Philippe Dragonetti, parlez-nous du conte musical La vièle enchantée. De quelle manière ce projet est-il né ?
Ce projet est né il y a environ deux ans, sur l’initiative de Philippe Girard, musicien, chef de chœur, chef d’orchestre et enseignant : c’est lui qui m’a invité à écrire une nouvelle pièce. Il faut savoir que le Département de l’Instruction Publique collabore régulièrement avec l’Orchestre de Chambre de Genève et c’est grâce à cette collaboration qu’une œuvre nouvelle m’a été commandée. L’ancien Directeur du Collège de Saussure, Jean-Jacques Forney, a aussitôt offert son soutien à cette entreprise. J’avais envie de travailler sur une forme musicale que je n’avais encore jamais pratiquée : le conte. J’en ai donc lu beaucoup, et c’est finalement une ancienne élève qui m’a fait connaître ce récit oriental, dont l’auteur est Anne Montange. Et si ce texte m’a inspiré d’emblée, c’est parce qu’il est à la fois court et très suggestif : La vièle enchantée s’inscrit ainsi dans la suite logique de mes projets précédents, Harmorimba et Sensemayá. Enfin, nous souhaitions, Philippe Girard et moi, associer à notre projet, pour la rédaction du livret, notre collègue professeur de littérature française Claude Demeure, avec qui nous avions déjà travaillé.

Philippe Dragonetti

Justement, dites-nous quelques mots du livret et de la genèse de l’œuvre.
Nous avons proposé la lecture de ce conte à Claude Demeure, pour qu’il en fasse un livret. Les délais de rédaction étaient très courts : il fallait que le livret soit achevé début juillet 2007 au plus tard, non seulement parce que je devais pouvoir bénéficier d’une vision globale de la pièce pour pouvoir me mettre au travail de composition – d’autant plus que je procède de manière linéaire, chronologique –, mais surtout parce que je voulais être en mesure d’offrir aux choristes, dès la rentrée de septembre, toutes les parties chorales. Claude Demeure, qui sera le récitant de La vièle enchantée, a transformé le récit en livret, ce qui a représenté un travail de réécriture considérable. Ce conte est l’histoire d’un prince et d’une princesse, Nader et Sétaré, personnages qui seront incarnés par de jeunes solistes, Julien Dumarcey et Rime Shreta. Nous souhaitions en effet que les voix ne soient pas trop timbrées « opéra » : ainsi, Julien Dumarcey, qui est chanteur lyrique professionnel, est très à l’aise dans la comédie musicale, tandis que Rime Shreta maîtrise aussi bien le chant arabe, classique et populaire, que la chanson de variétés. Elle danse, par ailleurs, et il y aura une partie dansée dans la pièce. Mais la base du projet repose tout entière sur le chœur et sur l’orchestre : on peut dire que c’est avant tout la musique elle-même qui raconte, plus encore que les personnages.

C’est donc Philippe Girard qui, à la tête de l’Orchestre de Chambre de Genève et du Chœur du Collège de Saussure, créera votre œuvre. Comment s’est passée votre collaboration ? Êtes-vous beaucoup intervenu dans le travail d’interprétation ?
Nous avons collaboré de façon étroite tout en nous faisant entière confiance. Philippe Girard a un regard très proche sur ce que j’écris. Sa formation est classique tandis que la mienne s’est plutôt accomplie dans les milieux du jazz et du rock. Il m’a beaucoup appris. J’attache donc une grande importance aux remarques qu’il peut me faire sur l’orchestration, domaine dans lequel je suis davantage un autodidacte, même si sur le plan de la composition proprement dit je suis très autonome. Je suis heureux, enfin, de pouvoir travailler avec un orchestre, de confier à un orchestre des motifs musicaux qu’a priori je destinerais plutôt à des musiques autres que classiques. Et le fait que cet orchestre soit constitué de musiciens professionnels m’a ouvert de nouvelles possibilités de composition. C’est aussi une grande reconnaissance de notre travail : on peut ainsi dire de notre collaboration qu’elle a suivi une belle évolution.

Venons-en, de fait, à la musique de La vièle enchantée. Votre œuvre témoigne d’un talent et d’une curiosité évidente pour le métissage des genres. L’un des ensembles pour lesquels vous avez écrit des pièces s’est du reste appelé « Dragonethno ». Dans quel genre musical s’inscrit La vièle ? Diriez-vous que la musique en est modale ? qu’elle est une synthèse de genres ? Y a-t-il par ailleurs place pour une vièle ?
Le conte, dont la durée d’exécution est d’environ une heure et demie, comporte quatorze pièces différentes. La couleur générale de la pièce est tonale et modale. Je suis en effet très attaché à la mélodie, à la tonalité, et je procède par intuition, par associations. Chaque pièce, cependant, a une couleur différente : musique balinaise, fugue baroque, marche ; il y a même des moments assez « pop ». Ainsi, l’un des chœurs est un tango (le « chœur des médecins », en l’occurrence), forme qui me permet de souligner l’humour qui, à ce moment-là, caractérise le texte. Il n’y a pas de vièle proprement dite : nous voulions suggérer sa présence sans tomber dans la redondance un peu facile, du type l’instrument imitant sa propre représentation. En revanche, on entendra notamment une harpe, des glockenspiels, de même que des percussions dans une improvisation de Nicolas Maret. Chaque personnage du conte est figuré par un thème musical. Ainsi, le thème de Nader est représenté par l’orchestre : musicien accompli qui joue de la vièle, Nader incarne la musique dans sa perfection absolue.

Propos recueillis par Valérie Zuchuat