A l’Opéra de Monte-Carlo
Monte-Carlo : “Jenufa“

Entrée magistrale de Jenufa au répertoire de l’Opéra de Monte-Carlo.

Article mis en ligne le mai 2008
dernière modification le 11 juin 2008

par François JESTIN

Entrée magistrale du chef-d’œuvre de Janacek au répertoire de l’Opéra de Monte-Carlo, dans une
production importée de l’Opéra royal de Wallonie, avec des artistes de premier plan.

C’est en toute logique que Jean-Louis Grinda, nouveau directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, et transfuge de l’Opéra de Liège, a souhaité accueillir en terre monégasque la production de Friedrich Meyer-Oertel, qui avait fait les beaux soirs lyriques en Wallonie. L’aspect visuel de ce spectacle efficace n’est pourtant pas ce qui marque le plus : le réglage des mouvements des groupes est assez convenu (entrées et sorties des villageois, ronde des danseuses, …), et les décors de Heidrun Schmelzer – hormis un superbe toit oppressant, au ras du plateau à l’acte II – sont un peu chiches et prosaïques (comme cette superbe moquette jaune, en vente chez les meilleurs discounters en revêtements de sols !).

« Jenufa ».
Photo Stefan Flament © Opéra de Monte-Carlo

Le jeu individuel des chanteurs est en revanche très prenant, à commencer par la titulaire du rôle titre, la soprano néerlandaise Barbara Haveman, complètement habitée par son personnage. Vocalement impérieuse, elle passe par une palette complète de sentiments, de la joie simple au désespoir le plus noir, en déployant par moments une énergie incroyable, mais sans jamais surjouer. Hedwig Fassbender (Kostelnicka) joue et chante également à ce niveau d’intensité. Sensiblement plus jeune que les titulaires habituelles de l’austère Sacristine, elle n’est pas non plus toute de noir vêtue, ce qui tend à la rendre plus humaine. Cette interprétation passe aussi dans sa voix : pas de cris, ni vociférations animales, ce qui n’empêche pas les aigus d’éclater littéralement. Le ténor Attila B. Kiss (Laca) démarre l’acte I avec quelques aigus prudents, voire timides, puis l’instrument s’épanouit rapidement avec vaillance, tandis que son jeu demeure moins naturel. L’autre ténor Jay Hunter Morris (Steva) est bien moins satisfaisant – faible volume et timbre engorgé – alors que Viorica Cortez (Buryja) est parfaite en aïeule épluchant les patates (acte I), et assure une belle stabilité vocale malgré son âge.

Mais la révélation vient ce soir de la fosse , et cette représentation confirme que le Canadien Jacques Lacombe est un grand chef d’orches-tre. Il propose un spectre complet de volumes, entre silences, pianissimi, forte et explosions des cuivres et percussions. La qualité du son est superlative, avec des cordes somptueuses, et quelques notes au violon solo tout simplement magiques. La tension et le drame sont permanents, et l’intrigue devient explicite uniquement à l’écoute de la musique. La fête aurait été plus belle si les spectateurs avaient assisté à la représentation complète ; on ne comprend pas les nombreux déserteurs après l’acte II, avaient-ils vraiment mieux ou plus important à faire ?

François Jestin

Janacek : JENUFA : le 4 avril 2008 à l’Opéra de Monte-Carlo, Salle Garnier