A l’Opéra de Nice
Nice : “Manon“

Cette Manon est tout simplement le spectacle le plus excitant vu à Nice ces dernières saisons.

Article mis en ligne le mai 2008
dernière modification le 11 juin 2008

par François JESTIN

Cette Manon est tout simplement le spectacle le plus excitant vu à Nice ces dernières saisons. Deux voix superbes dans les rôles principaux, un spécialiste du répertoire français à la baguette, une belle production, que demander de plus ?

L’Opéra de Nice avait voulu frapper un grand coup il y a deux saisons avec les débuts in loco du ténor vedette Rolando Villazon en Werther (voir article dans SM 183 «  Werther, peut mieux faire…  »). Même si elles ne manquaient pas d’atouts, les représentations étaient alors surtout handicapées par l’étroitesse et les faiblesses de la mise en scène. Pour l’autre titre-phare de Jules Massenet, on retrouve avec plaisir le même chef d’orchestre Patrick Fournillier au pupitre, référence pour la direction du répertoire français. Il était en particulier à la fin des années 1980 à l’origine de la création du festival Massenet de Saint-Etienne, dont il a assuré la charge de directeur musical pendant plusieurs années. Sa direction respecte scrupuleusement la partition, sans effets fantaisistes de changements de rythmes, mais il sait varier les volumes sonores, et toujours dynamiser le propos musical.

« Manon »
© Opéra de Nice

Action et vie
Les tout premiers coups d’archets sont réellement enivrants, et l’orchestre gardera par la suite une belle tenue, tandis que le son des chœurs nous paraîtra un peu brouillon à de rares moments, ceci étant peut-être dû à l’acoustique défavorable du placement des choristes sur scène. En effet, la production très figurative, voire naturaliste, de Nadine Duffaut, a prévu – pour presque l’ensemble des tableaux – des dispositifs de praticables en hauteur, sur les côtés et au fond du plateau. Même si le volume part pour partie dans les cintres, les avantages sont évidents : beaucoup de mouvement, d’action et de vie sous les yeux des spectateurs. Les décors d’Emmanuelle Favre sont élégants, les costumes de Katia Duflot d’époque, et Eric Belaud signe des ballets aux gestes sobres et au port majestueux, pour le cours la Reine. La projection systématique sur un rideau de scène, des écrits de l’abbé Prévost, avant chaque tableau, devient un peu répétitive en fin de représentation.
La première fréquentation du rôle de Manon en France par Nathalie Manfrino restera marquante ; ce n’est pas exactement une prise de rôle, celle-ci s’étant déroulée la saison dernière au Teatro Massimo de Palerme. Très belle en scène, elle passe de l’innocence de la jeune fille, à la grande-vie, puis à la mort, avec une égale conviction. La soprano est bien sonore, mais les diminuendi et piani sont délicats, et la diction remarquable. Tout juste un défaut récurrent à signaler : de nombreuses syllabes en « ai », « è » ou « ê » sont prononcées « a », ce qui finit par lasser à la longue.

Heureuse surprise
Gregory Kunde (le Chevalier Des Grieux) est une heureuse surprise : l’élargissement de son volume sonore – qu’on avait relevé dans l’Otello de Rossini l’été dernier à Pesaro (voir article dans SM 198) se confirme, et les aigus forte bien projetés font monter l’adrénaline dans la salle. Son français, chanté et parlé, nous a paru encore meilleur que dans Enée ou Benvenuto Cellini ces dernières années. Le seul reproche éventuellement à formuler – et là il n’y peut rien ! – serait que le ténor américain n’a pas l’âge du rôle. Jean-Luc Ballestra (Lescaut) est un baryton prometteur, joliment timbré, à la voix saine ; il est jeune et pourra sans doute acquérir plus de mordant et de décibels avec les années. Marcel Vanaud (le Comte Des Grieux) est quant à lui plutôt en fin de carrière, et fait preuve de toujours autant d‘autorité, surtout dans les passages parlés. Christophe Mortagne (Guillot) est très appréciable, et un peu moins Francis Dudziak (De Brétigny). A noter que cette production fera escale à Avignon la prochaine saison, avec les débuts de Patrizia Ciofi en Manon.

François Jestin

Massenet : MANON : le 30 mars 2008 à l’Opéra de Nice