Gran Teatre del Lieu , Barcelone
Barcelone : “Tannhäuser“ & "Journal d’un disparu/Château de Barbe-bleue“
Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 31 juillet 2008

par François JESTIN

Reprise à Barcelone de deux productions marquantes, données récemment à l’Opéra de Paris : Tannhäuser et Le Journal d’un disparu/Le château de Barbe-Bleue.

En raison des grèves à répétitions de l’Opéra de Paris à l’automne dernier, beaucoup de spectateurs de la capitale ont raté la production de Robert Carsen. Dommage ! Le metteur en scène canadien choisit, d’abord pour lui-même, une option forte : quel est l’équivalent de la musiques pour un artiste du visuel ? La Peinture très certainement !

« Tannhäuser »
© Bofill

Dès l’ouverture, une vingtaine de Tannhaüser peintres donnent des coups de pinceaux frénétiques sur des toiles imaginaires, la couleur rouge étant exclusivement utilisée. Bientôt, ils adoptent un changement de technique, en s’enduisant le corps, et la scène se transforme en ballet de zombies. Lors du concours de chant plus tard, chacun dévoilera son tableau à l’assistance, la salle pouvant contempler seulement l’arrière de la toile. Le suspense est conservé jusqu’au final, et le doute persiste dans la tête du spectateur puisque le programme propose de superbes cadres vides, censés figurer les chefs-d’œuvre de Botticelli, Gauguin, Manet, Matisse, Magritte, … Mais cette incroyable exposition est enfin dévoilée, et tous les protagonistes trinquent à l’occasion du vernissage, y compris Tannhäuser et Elisabeth, tout sourire.

Si cette interprétation est contestable, Carsen offre tout de même plusieurs moments jubilatoires à l’acte II, avec les entrées des solistes et choristes en traversant la salle : jamais la limite entre spectateurs et artistes n’a été si ténue. La distribution est très solide, ainsi que la direction musicale de Sebastian Weigle, avec le heldentenor Peter Seiffert (Tannhäuser) et la soprano de grand format vocal Petra Maria Schnitzer (Elisabeth). Markus Eiche (Wolfram) et Vicente Ombuena (Walther) sont également appréciés, tandis que Béatrice Uria-Monzon (Venus) constitue le maillon faible, avec un vibrato développé sur les aigus, et un volume qui passe rarement la fosse d’orchestre.

« Le Château de Barbe-bleue » avec Willard White (Barbe-Bleue) et Katarina Dalayman (Judith)
© Bofill

Vue le lendemain, la « double bill » produite par le collectif catalan La Fura dels Baus, avait été très appréciée la saison dernière sur la scène parisienne du Palais Garnier. Le travail réalisé pour le Journal d’un Disparu est d’une grande force : l’Homme, figé dans un trou sur le plateau, raconte son histoire, avec des personnages intervenant autour de cet espace confiné.

Vocalement, Michael König relève le défi de ce rôle extrêmement tendu dans l’aigu, à la tessiture très large. La Fura semble toutefois moins à l’aise, et presque timide, dans l’opus de Bartok, illustré plus par une animation vidéo, que véritablement une mise en scène cohérente. Le noir domine, et les images projetées par couches sont belles, mais la tension ne semble pas progresser. Katarina Dalayman (Judith) est une valeur sûre, alors que Willard White, même avec des moyens vocaux bien usés, reste toujours très digne physiquement.

François Jestin

Wagner : TANNHÄUSER : le 10 avril 2008 au Grand Théâtre du Liceu de Barcelone
Janacek : JOURNAL D’UN DISPARU + Bartok : LE CHATEAU DE BARBE-BLEUE : le 11 avril 2008 au Grand Théâtre du Liceu de Barcelone

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